Mali- Côte d’Ivoire : Une délégation ivoirienne, conduite par le chef des renseignements, attendue à Bamako aujourd’hui
Attendue ce jeudi 15 octobre dans la capitale malienne pour une visite de travail de trois jours, une mission sécuritaire ivoirienne, conduite par Vassiriki Traoré, chef des renseignements ivoiriens, devrait être reçue par le Président de » la Transition, le Général Assimi Goïta. Dans un contexte de relations bilatérales tendues, cette mission pourrait ouvrir une nouvelle perspective de dialogue, notamment autour de la lutte contre le terrorisme et des intérêts économiques communs.
Les relations entre Bamako et Abidjan sont-elles à la veille d’un tournant ? La visite annoncée de Vassiriki Traoré, patron des renseignements de Côte d’Ivoire, pourrait constituer un signal d’ouverture entre les deux voisins. Selon des informations rapportées par l’Agence France-Presse (AFP), le responsable ivoirien effectuera, à partir de ce jeudi, une visite de travail de trois jours au Mali, à l’invitation du Directeur de l’Agence Nationale de la Sécurité d’Etat, le Général Modibo Koné.
Inscrite dans le cadre de la revitalisation des relations de coopération et du partage de renseignements dans la lutte contre le terrorisme, cette mission devrait également donner lieu à une audience auprès du Président de la Transition, le Général Assimi Goïta. Au-delà de son caractère sécuritaire, elle intervient dans un climat diplomatique marqué par plusieurs années de méfiance et de divergences politiques.
Face à la persistance des violences djihadistes au Sahel, la coopération entre les États apparaît comme un enjeu majeur. Si le Mali est durement éprouvé par les attaques des groupes armés, la Côte d’Ivoire demeure préoccupée par les risques d’extension de la menace vers ses frontières septentrionales. Dans ce contexte, le partage de renseignements, la surveillance des zones frontalières et la coordination des dispositifs de sécurité peuvent servir de bases à une coopération pragmatique.
Abidjan avait d’ailleurs manifesté son ouverture à une reprise de la collaboration sécuritaire avec ses voisins sahéliens. En juin dernier, le ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, avait déclaré que le terrorisme ne pouvait être vaincu par un seul État, plaidant pour une mutualisation des forces et des efforts. La venue du patron des renseignements ivoiriens à Bamako s’inscrit dans cette perspective. Elle pourrait permettre aux deux parties d’explorer des possibilités de coopération, malgré leurs divergences politiques.
Les orientations souverainistes de Bamako, son éloignement avec les partenaires occidentaux traditionnels et ses choix diplomatiques ont contribué à creuser les divergences avec la Côte d’Ivoire, alliée historique de la France. L’affaire des 49 soldats ivoiriens arrêtés à Bamako en juillet 2022 a constitué un épisode majeur de cette crise. Accusés par les autorités maliennes d’être des mercenaires, ils avaient été condamnés à vingt ans de réclusion avant d’être graciés. Abidjan avait toujours soutenu que ces militaires étaient en mission pour les Nations unies.
Cette affaire a durablement affecté la confiance entre les deux pays. La visite de Vassiriki Traoré pourrait ainsi offrir une occasion de rétablir des contacts plus réguliers, au moins sur les questions où les intérêts des deux pays convergent. Un éventuel rapprochement exige toutefois une volonté commune de préserver le dialogue et de distinguer les impératifs de sécurité des divergences politiques. Au-delà de la sécurité, les liens économiques constituent un autre facteur susceptible de favoriser l’apaisement.
Pays enclavé, le Mali dépend de plusieurs corridors pour son approvisionnement, dont celui reliant Bamako au port d’Abidjan. Selon les données du Port autonome d’Abidjan, le trafic de marchandises en transit vers le Mali a atteint 1,5 million de tonnes en 2025, contre 800 000 tonnes en 2024, soit une progression de 83,1 %. Une évolution qui témoigne de l’importance du corridor pour les opérateurs économiques des deux pays. Les échanges institutionnels se poursuivent également.
En septembre 2026, des équipes douanières ivoiriennes et maliennes se sont réunies à Abidjan pour évaluer le système de gestion des marchandises en transit et adopter une feuille de route visant à améliorer le corridor Abidjan-Bamako. Ces initiatives rappellent que les tensions politiques n’effacent ni les intérêts commerciaux ni les interdépendances entre les deux voisins. La fluidité du transit, la sécurité des axes de transport et la prévisibilité des échanges demeurent essentielles pour les entreprises comme pour les consommateurs maliens.
Pour l’heure, le déplacement annoncé du patron des renseignements ivoiriens constitue surtout une occasion de relancer le dialogue. Sa portée dépendra du contenu des discussions, des engagements pris et de leur traduction en actions concrètes.
