BUDGET D’ÉTAT 2027 : DES LISTES ÉLECTORALES À RÉVISER, MAIS PAS UN KOPECK POUR LES ÉLECTIONS !
Le projet de loi de finances pour l’exercice 2027, en examen au Conseil National de Transition (CNT), ne prévoit aucune enveloppe explicitement consacrée aux dépenses électorales, pour la deuxième année consécutive. Un choix qui interroge, d’autant plus que la révision annuelle des listes électorales est en cours, et que les budgets de l’Autorité Indépendante de Gestion des Elections (AIGE) et du Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation sont en hausse.
Le paradoxe mérite d’être souligné, car au moment où les Maliens sont appelés à participer à la révision annuelle des listes électorales, étape importante dans la préparation d’éventuelles consultations, le projet de budget d’État pour 2027 ne comporte toujours pas de ligne budgétaire explicitement dédiée aux élections. Une absence qui se prolonge pour la deuxième année consécutive et relance les interrogations sur la place réservée à l’organisation des élections dans les priorités budgétaires du pays.
Pourtant, les moyens alloués à deux structures directement concernées par la gestion administrative et électorale connaissent une progression notable. Le budget de l’AIGE doit passer de 5,140 milliards de FCFA dans la loi de finances rectifiée de 2026 à 6,193 milliards de FCFA en 2027. Quant au Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, sa dotation progresserait de 82,029 milliards à 112,028 milliards de FCFA.
Dès lors, une question s’impose : comment expliquer la hausse des crédits de ces deux structures alors qu’aucune enveloppe spécifique n’est annoncée pour financer les opérations électorales ? L’évolution des crédits consacrés aux élections est particulièrement révélatrice. Dans la loi de finances de 2023, l’enveloppe prévue à ce titre s’élevait à 70,750 milliards de FCFA. Elle avait ensuite été portée à 80,750 milliards dans les budgets de 2024 et de 2025.
Mais cette inscription a disparu de la loi de finances rectificative de 2025. Cette décision faisait suite à l’annulation, par le gouvernement, de certaines inscriptions initiales représentant 157,128 milliards de FCFA, réaffectées aux « opérations de sécurisation du territoire national ». L’enveloppe électorale n’a ensuite pas été réintroduite dans la loi de finances de 2026. Le projet de budget pour 2027 maintient cette absence.
Reste que l’absence d’une enveloppe clairement identifiable prive les observateurs d’un indicateur essentiel pour apprécier les moyens que les autorités entendent consacrer à l’organisation de consultations électorales. L’AIGE intervient dans la gestion des opérations électorales, tandis que le ministère de tutelle assume des responsabilités administratives et territoriales plus larges, qui ne se limitent pas à l’organisation des scrutins.
Il serait donc excessif de considérer que l’intégralité de ces hausses devrait nécessairement financer les élections, mais leur ampleur soulève une interrogation légitime : quelle part de ces crédits supplémentaires est destinée aux activités électorales, à la préparation des scrutins ou à la consolidation du dispositif électoral ? Sans ventilation détaillée des dépenses, il demeure difficile de répondre à cette question. C’est ce manque de visibilité qui appelle justement des éclaircissements de la part des autorités budgétaires.
Le contraste est d’autant plus frappant que la révision annuelle des listes électorales est en cours. Cette opération participe à la mise à jour du fichier électoral et constitue une étape importante dans la préparation du processus électoral. La révision des listes ne signifie certes qu’un scrutin est imminent, elle entretient néanmoins une attente légitime de lisibilité sur les moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite du processus.
Dans ces conditions, l’absence d’une ligne budgétaire dédiée pour 2027 soulève des questions auxquelles le projet de loi de finances devrait permettre d’apporter des réponses. Les dépenses électorales seront-elles prises en charge à travers les crédits ordinaires de l’AIGE et du ministère de l’Administration territoriale ? Des financements complémentaires pourront-ils être mobilisés en cas de décision d’organiser des élections ? Selon quelles modalités et dans quels délais ?
Autant d’interrogations qui méritent des clarifications, notamment au cours de l’examen du texte par le CNT. Dans un contexte où les impératifs sécuritaires pèsent fortement sur les finances publiques, les arbitrages budgétaires sont inévitables. La sécurisation du territoire constitue certes une priorité majeure, mais la transparence sur les moyens consacrés aux différentes missions de l’État demeure tout aussi nécessaire pour permettre aux citoyens d’apprécier les choix opérés.
Le problème n’est donc pas l’absence d’une enveloppe électorale, il réside dans le manque de visibilité sur les mécanismes qui permettraient, le cas échéant, de financer les opérations nécessaires à l’organisation des scrutins. Alors que l’AIGE et le ministère de tutelle bénéficient de dotations en hausse, il revient aujourd’hui au gouvernement de donner des explications sur la destination et l’usage de ces crédits.
MAIMOUNA DOUMBIA
