VISA CHINOIS : LE DOSSIER EFFACÉ DES RADARS ?

 VISA CHINOIS : LE DOSSIER EFFACÉ DES RADARS ?

Depuis le transfert, le 15 septembre, du traitement des demandes de visas chinois des ressortissants maliens vers Dakar, Abidjan ou Rabat, les opérateurs économiques font face à des contraintes supplémentaires. Au-delà des tensions diplomatiques, cette situation soulève des préoccupations pour l’approvisionnement du marché national et le coût des marchandises. Un mois après, l’urgence aujourd’hui est de trouver une solution durable.

Le dossier du visa chinois semble avoir quitté le devant de la scène. Pourtant, pour de nombreux commerçants maliens, les difficultés demeurent. Depuis le 15 septembre 2026, les demandes de visas chinois des ressortissants maliens sont traitées hors du Mali, notamment à Dakar, Abidjan ou Rabat. Une nouvelle organisation qui complique les déplacements de ceux dont les activités dépendent étroitement des relations commerciales avec la Chine.

Après les échanges médiatisés entre responsables maliens et chinois autour de cette question, le silence semble progressivement reprendre ses droits. Mais le retour au calme dans les déclarations ne signifie pas que le problème est résolu. Sur le terrain, les commerçants ont toujours besoin de se déplacer, de rencontrer leurs fournisseurs, de négocier leurs achats et de renouveler leurs stocks.

Pour les importateurs maliens, la Chine constitue un partenaire commercial important. De nombreux produits vendus sur le marché national, des équipements aux articles de consommation courante, proviennent de ce pays. Les déplacements professionnels permettent aux commerçants de prospecter, de négocier les prix, de contrôler la qualité des marchandises et de nouer des relations directes avec leurs fournisseurs.

Désormais, obtenir un visa peut nécessiter un déplacement vers une autre capitale, avec des frais de transport, d’hébergement et de séjour, sans compter les démarches administratives et le temps consacré à la procédure. Pour les petites et moyennes entreprises, dont les marges sont parfois limitées, ces dépenses supplémentaires peuvent peser lourd. Les commerçants les plus modestes, qui ne disposent ni de services administratifs spécialisés ni de ressources importantes, risquent d’être particulièrement pénalisés.

À ces contraintes s’ajoutent les incertitudes sur les délais de traitement. L’enjeu dépasse donc les intérêts individuels des commerçants. Dans un pays enclavé comme le Mali, où les coûts logistiques constituent déjà un défi pour les échanges commerciaux, toute contrainte supplémentaire mérite une attention particulière. Lorsque les coûts s’accumulent, les importateurs peuvent être tentés de les répercuter sur les prix de vente.

À terme, le consommateur risque alors d’en subir les conséquences. Dans un contexte où le pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure pour de nombreux ménages, les autorités ne peuvent ignorer un problème susceptible d’alourdir les charges des acteurs économiques. Le Mali et la Chine entretiennent des relations de coopération dans plusieurs secteurs stratégiques.

La recherche d’une solution à cette difficulté consulaire ne devrait pas être perçue comme une remise en cause de ce partenariat, mais comme une nécessité pour en préserver l’équilibre et faciliter les échanges. Le gouvernement malien pourrait notamment demander la mise en place d’une procédure simplifiée pour les opérateurs économiques, l’organisation de missions consulaires périodiques à Bamako ou la création d’un mécanisme de traitement prioritaire pour les dossiers professionnels.

Une meilleure coordination avec les services compétents des pays où les demandes sont désormais traitées permettrait également de réduire les déplacements inutiles et les délais. Il importe surtout que le dialogue engagé ne se limite pas aux déclarations publiques. Les commerçants ont besoin d’informations claires, de procédures prévisibles et d’une perspective concrète de retour à des conditions d’accès plus simples.

La défense des intérêts nationaux passe aussi par la protection des conditions dans lesquelles les citoyens travaillent, entreprennent et contribuent à l’économie. Les commerçants maliens ne devraient pas avoir à supporter indéfiniment les conséquences d’une difficulté diplomatique ou administrative sur laquelle ils ont peu de prise.

Les organisations professionnelles, les chambres consulaires et les ministères concernés ont également un rôle à jouer pour documenter les difficultés rencontrées, mesurer les surcoûts et transmettre aux autorités des propositions précises. L’objectif n’est ni d’alimenter une polémique avec Pékin ni de fragiliser la coopération sino-malienne, mais de faire en sorte que ce partenariat puisse continuer à servir les intérêts des deux pays, sans imposer aux opérateurs maliens des contraintes disproportionnées.

Un mois après l’entrée en vigueur de cette nouvelle organisation, le dossier mérite donc de revenir au centre des préoccupations. Le calvaire des commerçants maliens ne doit pas tomber dans l’oubli. Il revient donc aux autorités maliennes et chinoises de transformer le dialogue diplomatique en une réponse pratique, rapide et durable.

MAIMOUNA DOUMBIA

Related post

error: Content is protected !!