FORUM DU MALI-KURA : PEUT-ON ATTIRER LES INVESTISSEURS SANS LEVER LES INCERTITUDES ?
Prévu les 11 et 12 décembre 2026 à Bamako, le Forum du Mali Kura ambitionne d’attirer des investisseurs nationaux et étrangers. Mais dans un contexte marqué par l’insécurité et les incertitudes économiques, le gouvernement devra relever un défi décisif : celui de transformer les atouts du pays en garanties crédibles pour restaurer la confiance des investisseurs.
Le Mali veut attirer les capitaux et accélérer son industrialisation. Lancé le 24 septembre par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, le Forum du Mali Kura se veut une vitrine des opportunités économiques du pays. Organisé par l’Agence pour la Promotion des Investissements au Mali (API-Mali), il prévoit de réunir 1 000 participants, dont 400 étrangers, au Centre International de Conférences de Bamako (CICB).
Au programme : rencontres d’affaires, échanges avec les pouvoirs publics et présentation de projets d’investissement prioritaires. L’ambition est de positionner le Mali comme une destination de référence en Afrique de l’Ouest. Mais une interrogation demeure : comment convaincre les investisseurs de s’engager durablement dans un environnement marqué par la crise sécuritaire et les contraintes économiques ?
Le Mali dispose d’arguments économiques importants : ressources minières, potentiel agricole, énergie solaire, population jeune et marché intérieur. Pour Ibrahim Ahamadou Touré, Directeur Général de l’API-Mali, ces atouts constituent autant d’opportunités pour les investisseurs. Sauf que la richesse naturelle ne garantit pas l’attractivité économique, les investisseurs évaluant, avant d’engager leurs capitaux, les risques sécuritaires, les coûts logistiques, l’accès à l’énergie, la stabilité fiscale et la prévisibilité des décisions administratives.
Dans un pays enclavé comme le Mali, la fluidité des corridors commerciaux est également déterminante.
Les difficultés de transport et les incertitudes sur les approvisionnements peuvent renchérir les coûts de production et réduire la rentabilité des projets. Le véritable enjeu du forum sera donc moins de présenter les potentialités du pays que de démontrer dans quelles conditions elles peuvent être exploitées de manière rentable et durable.
L’insécurité constitue un défi majeur pour la crédibilité de la démarche gouvernementale. Les investisseurs voudront connaître les mesures permettant de protéger leurs activités, de sécuriser les approvisionnements et d’assurer la continuité de la production. À cette préoccupation s’ajoute celle de la sécurité juridique. Les entreprises ont en effet besoin de règles claires, de procédures administratives prévisibles et de mécanismes efficaces de règlement des différends.
Les réformes de l’environnement des affaires, les régimes fiscaux incitatifs et les zones économiques spéciales présentés lors du lancement devront ainsi se traduire par des avantages concrets et accessibles. La référence aux mécanismes internationaux de garantie peut contribuer à rassurer les partenaires, mais leur simple présentation ne suffit pas. Le gouvernement devra expliquer les protections effectivement disponibles, leurs conditions d’accès et les recours ouverts aux investisseurs.
La confiance dépendra aussi de la transparence des procédures et de la capacité des administrations à respecter leurs engagements. Dans un contexte de crise, les promesses doivent être accompagnées de preuves tangibles. Pour convaincre, les autorités devront présenter des projets suffisamment préparés, avec des études de faisabilité, des besoins de financement identifiés et des perspectives de rentabilité crédibles.
Les rencontres entre investisseurs et porteurs de projets gagneraient à être ciblées afin de favoriser des partenariats adaptés aux besoins de chaque secteur. Le suivi des engagements sera surtout déterminant. La signature d’un protocole d’accord ne signifie pas nécessairement qu’un financement est acquis. Le véritable indicateur de réussite sera la concrétisation des projets annoncés, la création d’unités de production et les emplois générés.
La confiance devra également se construire avec les entrepreneurs maliens. Leur accès au financement, aux dispositifs d’accompagnement et à un environnement des affaires prévisible constitue un test de cohérence pour la politique d’attractivité du pays. Un secteur privé national solide peut aussi faciliter l’arrivée de partenaires étrangers.
Inscrit dans la vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma », le Forum du Mali Kura porte une ambition importante, à savoir transformer les ressources nationales en richesses, en emplois et en développement industriel. Mais le changement d’image recherché ne dépendra pas uniquement de la qualité de l’organisation ni du nombre de délégations présentes à Bamako.
Il reposera sur la capacité du gouvernement à répondre aux inquiétudes des investisseurs par des mesures concrètes, des règles prévisibles et des résultats vérifiables. Pour tout dire, le Mali n’a pas seulement besoin de vendre son potentiel, il doit aussi prouver qu’investir dans le pays peut être suffisamment sûr, prévisible et rentable.
MAIMOUNA DOUMBIA
