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COÛT DU MARIAGE ESTIMÉ À PLUS D’UN MILLIARD DE FCFA, PLUS DE 100 MILLIONS DISTRIBUÉS EN UNE NUIT… : QUAND LE FASTE INTERROGE LA CONSCIENCE SOCIALE ET LA RESPONSABILITÉ FISCALE !

 COÛT DU MARIAGE ESTIMÉ À PLUS D’UN MILLIARD DE FCFA, PLUS DE 100 MILLIONS DISTRIBUÉS EN UNE NUIT… : QUAND LE FASTE INTERROGE LA CONSCIENCE SOCIALE ET LA RESPONSABILITÉ FISCALE !

Un mariage est un moment de joie, de partage et de célébration au Mali, où les traditions occupent une place importante dans la vie sociale. C’est donc une occasion de rassemblement familial et communautaire. Mais lorsque la fête devient une démonstration spectaculaire de richesse, avec des centaines de millions de francs CFA évoqués, des marchandises importées par conteneurs et des véhicules de grand luxe, la question dépasse le cadre privé : elle devient sociale, économique, et même fiscale.

La cérémonie organisée par la famille d’un de nos compatriotes résidant au Gabon relance ainsi un débat sensible, avec en toile de fond une question essentielle : peut-on afficher une telle opulence sans s’interroger sur sa portée collective, dans un pays où une grande partie de la population peine à satisfaire ses besoins primaires ?Personne ne devrait être condamné pour sa réussite financière, être riche n’étant pas un crime. De même, organiser un mariage selon ses moyens n’est pas, en soi, une faute. Toutefois, la liberté de dépenser ne dispense pas de réfléchir à la signification sociale de certaines pratiques.

Comment ne pas s’interroger lorsque des sommes considérables sont mobilisées pour quelques jours de festivités, alors que des familles peinent à nourrir leurs enfants, que des malades renoncent aux soins faute de moyens, et que des milliers de personnes déplacées vivent dans des conditions précaires ?Le Mali traverse une période difficile, marquée par l’insécurité, les déplacements de populations et la fermeture d’écoles dans plusieurs localités. Des enfants sont privés d’enseignement, des familles ont perdu leurs moyens de subsistance et des communautés attendent des réponses à leurs besoins les plus urgents.

Dans ce contexte, l’ostentation devient un révélateur des priorités collectives. Il ne s’agit pas d’exiger des plus fortunés qu’ils renoncent à leur confort, mais de rappeler que la réussite individuelle peut aussi s’accompagner d’une conscience sociale. La question n’est donc pas de savoir si l’on a le droit de faire la fête, mais plutôt quelle place accorde-t-on à la solidarité dans une société éprouvée.Un autre aspect qui mérite une attention particulière est la justice fiscale.

Au Mali, les petites et moyennes entreprises, les commerçants et les entrepreneurs doivent faire face aux charges fiscales, aux obligations administratives et aux difficultés d’accès au financement. Pour beaucoup, maintenir une activité, préserver les emplois et investir constitue déjà un défi.Dans le même temps, l’affichage de dépenses somptuaires soulève une interrogation légitime : les revenus et les activités qui permettent de financer de telles dépenses contribuent-ils à l’effort fiscal national conformément aux règles en vigueur ?

Il serait imprudent d’affirmer, sans preuves, que toutes les personnes concernées échappent à l’impôt, mais les autorités compétentes doivent veiller à ce que les obligations fiscales soient appliquées équitablement, sans distinction de fortune, d’influence ou de lieu de résidence.Il ne s’agit pas de taxer le luxe parce qu’il choque, mais de garantir que les revenus et les opérations imposables soient effectivement déclarés et soumis aux prélèvements prévus par la loi.

Cela est d’autant plus vrai que la justice fiscale perd de sa crédibilité lorsque les entreprises formelles ont le sentiment de supporter seules le poids des obligations, tandis que d’éventuels manquements à d’autres niveaux restent sans réponse. Le fait que cette cérémonie soit organisée par des compatriotes établis au Gabon ajoute une dimension au débat, notamment la protection des Maliens de la diaspora. La diaspora constitue un soutien important pour de nombreuses familles, grâce aux transferts d’argent, aux investissements, aux projets économiques et aux initiatives sociales.

Les démonstrations publiques de richesse peuvent en effet produire des effets indésirables, en suscitant de l’animosité des ressortissants des pays de résidence envers nos compatriotes basés à l’extérieur qui pourraient être vus d’un mauvais œil. On se souvient de la chasse aux étrangers en Afrique du Sud et ailleurs, et même au Gabon par le passé contre les maliens. Les organisateurs de telles cérémonies mesurent-ils toujours les conséquences possibles de cette exposition ? Comment éviter que quelques événements spectaculaires ne ternissent l’image d’une diaspora dont une grande partie se bat quotidiennement pour vivre dignement ?

Un mariage dure quelques jours, les vidéos finissent par disparaître et les applaudissements s’éteignent. En revanche, une école réhabilitée, un centre de santé soutenu, une entreprise créée ou une famille aidée à sortir de la précarité peut bénéficier durablement à la collectivité. Il ne s’agit pas d’opposer systématiquement les dépenses festives à la solidarité, ni d’imposer aux personnes fortunées de rendre publiquement compte de leur argent. Il s’agit plutôt de promouvoir une conception de la réussite qui ne se limite pas à la capacité d’impressionner.

La générosité privée ne remplace ni les responsabilités de l’État ni les obligations fiscales. Elle peut néanmoins contribuer, librement et utilement, à soulager les souffrances et à soutenir des initiatives porteuses d’avenir. Au fond, le problème n’est pas que certains maliens disposent de moyens importants pour célébrer un mariage, il s’agit plutôt de faire en sorte que l’extravagance finisse par devenir un symbole de réussite dans une société où tant de citoyens peinent encore à satisfaire leurs besoins essentiels.

Dans un Mali confronté à la guerre et à la précarité, la véritable grandeur ne devrait pas se mesurer uniquement à ce que l’on dépense pour impressionner, mais aussi à ce que l’on apporte à la collectivité. Une société ne se juge pas seulement à la richesse de ses plus fortunés, mais aussi à la place qu’elle accorde aux plus vulnérables !

MAIMOUNA DOUMBIA

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