ÉLECTRICITÉ AU MALI : CE QUE LES PREMIERS MOIS DE TIÉMOKO TRAORÉ CHANGENT, ET CE QU’ILS NE CHANGENT PAS ENCORE !
Pendant plusieurs années, les délestages ont constitué l’un des symptômes les plus visibles des difficultés économiques et sociales du Mali, tous les secteurs ayant presque subi les conséquences d’un système électrique confronté à une équation devenue particulièrement difficile à résoudre. Depuis février 2026, le Pr Tiémoko Traoré est aux commandes du Ministère de l’Énergie et de l’Eau. Huit mois plus tard, les premiers changements sont perceptibles, même s’ils doivent encore être appréciés avec prudence !
Lorsque le Pr Tiémoko Traoré prend officiellement fonction le 16 février 2026, il hérite d’un secteur déjà sous forte tension. Le Fonds Monétaire International (FMI) rappelle d’ailleurs que les difficultés de Énergie du Mali (EDM-SA) se sont particulièrement aggravées depuis le milieu de l’année 2023, avec des coupures fréquentes et prolongées. L’entreprise publique accumulait alors des pertes et des arriérés importants auprès de ses fournisseurs. À fin 2024, sa dette envers les fournisseurs atteignait environ 415 milliards de FCFA, tandis que ses fonds propres étaient négatifs à hauteur d’environ 482 milliards de FCFA. Cette situation explique pourquoi il serait difficile de considérer l’amélioration récente de la fourniture d’électricité comme le seul résultat de l’action du nouveau ministre. Une partie des problèmes est structurelle : insuffisance des capacités de production, équipements vieillissants, croissance soutenue de la demande, dépendance aux combustibles fossiles et difficultés financières d’EDM-SA.
Le FMI souligne d’ailleurs que la demande malienne d’électricité a progressé fortement au fil des années, alors que les investissements nécessaires dans les capacités hydroélectriques et les infrastructures n’ont pas suivi au même rythme.
Le mix énergétique s’est progressivement déplacé vers les sources thermiques, rendant le pays davantage exposé au prix et à la disponibilité des hydrocarbures. Autrement dit, Tiémoko Traoré n’a pas créé la crise et ne peut, en quelques mois, en effacer toutes les causes. Il existe néanmoins des éléments concrets permettant de mesurer une évolution depuis son arrivée. L’un des exemples les plus récents est la remise en service, le 24 septembre 2026, du groupe G1 de la Centrale de Darsalam. À l’arrêt depuis deux ans, l’équipement a fait l’objet de sept mois de travaux et apporte désormais environ 6 MW supplémentaires au réseau de Bamako. La remise en état des équipements existants constitue un axe important dans un système où chaque mégawatt disponible compte.
Sur ce terrain, l’action du Ministère et celle de la Direction d’EDM-SA se rejoignent. Le défi consiste donc à maintenir ces équipements en état de fonctionnement et à éviter que les nouvelles capacités récupérées ne deviennent, à leur tour, indisponibles faute de maintenance. Au-delà des mégawatts immédiatement disponibles, le Ministère, sous le leadership de Tiémoko Traoré, semble surtout vouloir agir sur les infrastructures qui permettront au système de mieux absorber la production future.
Le 25 juin 2026, le CNT a ainsi adopté le projet de loi autorisant la ratification des accords de financement du projet de la Boucle Nord 225 kV autour de Bamako. D’un coût global annoncé de près de 109,9 milliards de FCFA, cette infrastructure doit permettre de renforcer et de sécuriser l’alimentation électrique du District de Bamako ainsi que des zones de Kati et Koulikoro. Le projet doit notamment permettre de transiter une puissance minimale de 600 MW à travers le nouveau réseau.
Ce dossier est révélateur d’un changement d’approche, le problème malien n’étant pas seulement celui de la production. En effet, produire davantage n’a pas beaucoup de sens si le réseau de transport et de distribution ne peut pas acheminer cette énergie dans de bonnes conditions.
Le Pr Tiémoko Traoré l’a d’ailleurs présenté devant le CNT comme une nécessité de modernisation des infrastructures existantes, afin que l’énergie produite puisse effectivement profiter aux ménages comme aux acteurs économiques.
Autre chantier engagé : la diversification du mix énergétique. Le gouvernement a approuvé en juillet 2026 le financement d’une centrale solaire photovoltaïque de 50 MW à Tiétiguila, dans la région de Koulikoro, associée à un système de stockage par batteries de 25 MW/50 MWh. Le financement de la BOAD atteint environ 44,4 milliards de FCFA. Selon le Ministère, la centrale devrait produire environ 90 GWh par an et contribuer à réduire la dépendance aux combustibles fossiles. Dans la même logique, le projet de centrale hydroélectrique de Kourouba, d’une puissance installée de 3,9 MW, a franchi une étape institutionnelle en juillet avec l’adoption par le CNT du projet de financement. Le coût global est estimé à environ 15,8 milliards de FCFA et l’ouvrage devrait produire en moyenne 12,2 GWh par an. Ces projets ne régleront évidemment pas les délestages dans l’immédiat, mais ils montrent que la question énergétique commence à être abordée sous l’angle de la diversification, et non uniquement sous celui de la réparation des pannes du moment.
Après huit mois, le bilan du Pr Tiémoko Traoré n’est certes pas celui d’un secteur entièrement et profondément transformé, mais des opérations concrètes ont été menées : Des capacités ont été récupérées, des financements importants ont été mobilisés, la Boucle Nord 225 kV est engagée, le solaire et l’hydroélectricité occupent une place plus visible dans la stratégie annoncée, et la remise en service du groupe G1 de Darsalam constitue un résultat tangible.
Des problèmes fondamentaux demeurent encore, notamment la fragilité financière de EDM-SA, le déficit structurel de capacités, le vieillissement des infrastructures, la dépendance aux combustibles, la croissance continue de la demande… mais les premiers mois de Tiémoko Traoré ont surtout ouvert une nouvelle dynamique, avec la disponibilité de l’électricité sur une plage horaire de 12 heures contre 6 heures de coupure.
La prochaine étape sera de transformer les réparations d’urgence et les projets annoncés en une stabilité durable du système électrique malien. Chapeau donc au ministre Tiémoko Traoré… en attendant !
MAIMOUNA DOUMBIA
