Un garde tire sur ses collègues à Gao : Nos soldats font-ils face à un traumatisme psychologique ?

 Un garde tire sur ses collègues à Gao : Nos soldats font-ils face à un traumatisme psychologique ?

Après plus d’une décennie de conflit armé, la santé mentale des militaires maliens mérite une attention particulière. L’incident survenu récemment à Gao, où un garde aurait ouvert le feu sur ses collègues avant de prendre la fuite, relance une question sur le suivi psychologique de nos soldats face aux traumatismes de la guerre ?

Un mort, un blessé grave et l’auteur en fuite, tel est le bilan provisoire de la fusillade survenue le dimanche 1er novembre 2026 à la station de pompage située près des jardins de Gao. Selon les premières informations relayées par la presse, le suspect, présenté sous le nom de Youssouf Ibrahim, aurait ouvert le feu sur ses collègues avant de s’emparer de trois pistolets-mitrailleurs.

Il serait également présenté comme un ancien combattant ayant intégré le processus de désarmement, démobilisation, réinsertion et intégration (DDRI). Si les circonstances exactes de ce drame restent à établir, cet événement soulève une interrogation qui dépasse le simple fait divers sécuritaire. En effet, dans un pays en guerre depuis 2012, qui prend véritablement soin de la santé mentale de ceux qui portent les armes ?

Depuis le début de la crise sécuritaire, les militaires maliens sont exposés à des situations particulièrement éprouvantes : embuscades, attaques terroristes, explosions d’engins improvisés, pertes de camarades, scènes de violence et peur permanente de mourir. À cette pression opérationnelle s’ajoutent parfois l’éloignement familial, la fatigue, les longues périodes de déploiement…

Or, la guerre ne s’arrête pas nécessairement lorsque les armes se taisent. Certains soldats peuvent continuer à revivre mentalement des attaques, souffrir de cauchemars, développer une anxiété persistante ou éprouver des difficultés à maîtriser leurs émotions. Ces manifestations peuvent notamment relever du stress post-traumatique, de la dépression ou de troubles anxieux.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) reconnaît que l’exposition aux conflits armés augmente considérablement les risques de troubles psychiques. Il faut toutefois éviter tout raccourci : l’incident de Gao ne prouve aucunement que son auteur présumé souffre d’un trouble psychologique. Mais cette affaire constitue une occasion de poser publiquement la question de la prévention des traumatismes au sein des forces armées.

Un suivi psychologique existe-t-il réellement au sein des FAMa ? La question mérite d’être posée, d’autant plus que des initiatives institutionnelles existent. En avril 2026, la Direction du Service Social des Armées (DSSA) a organisé une formation de renforcement des capacités de son personnel, au cours de laquelle la gestion de la santé mentale des Forces de défense et de sécurité figurait parmi les thématiques abordées.

Par ailleurs, le 30 juillet 2026, la Direction de la Justice Militaire, en partenariat avec le Centre pour la gouvernance du secteur de sécurité de Genève (DCAF), a organisé un atelier consacré à la prévention et à la gestion du stress avant, pendant et après les engagements opérationnels. Ces initiatives montrent que la question commence à être reconnue au niveau institutionnel. Elles constituent des signaux encourageants.

Cependant, organiser des ateliers et reconnaître l’existence du problème ne signifie pas nécessairement que chaque militaire bénéficie d’un accompagnement psychologique régulier et adapté à son exposition au combat. Combien de psychologues et de psychiatres sont effectivement disponibles au sein des structures militaires ? Les soldats bénéficient-ils d’une évaluation psychologique après les opérations ? Existe-t-il un dispositif confidentiel permettant à un militaire en difficulté de demander de l’aide ?

Autant de questions auxquelles les autorités militaires gagneraient à apporter des réponses précises. Dans l’environnement militaire, parler de souffrance psychologique peut parfois être perçu comme un aveu de faiblesse. Certains soldats pourraient ainsi préférer garder le silence plutôt que de signaler des troubles du sommeil, des cauchemars, une irritabilité inhabituelle ou une anxiété persistante.

Pourtant, reconnaître une souffrance psychologique n’est pas un manque de courage, c’est une démarche de prévention et de protection. Un militaire physiquement apte peut également souffrir psychologiquement. Et lorsque cette souffrance n’est pas prise en charge, elle peut affecter sa vie familiale, ses relations professionnelles, sa concentration et sa capacité à gérer certaines situations de tension.

D’où la nécessité de renforcer les consultations psychologiques, de former davantage de professionnels spécialisés dans les traumatismes de guerre, de garantir la confidentialité des soins et de prévoir un accompagnement adapté après les événements particulièrement éprouvants.

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