RETRAIT DU FLA À KIDAL: ET SI ALGER ÉTAIT DÉJÀ À LA MANŒUVRE ?
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Le 6 octobre, les FAMa et leurs partenaires russes sont entrés dans la ville après le départ des combattants du FLA. Le mouvement a expliqué sa décision par la nécessité de préserver ses hommes et ses moyens, assurant que ce retrait ne signifiait pas l’abandon de ses objectifs. Pour Bamako, la portée de cette reprise est considérable. Kidal, symbole de la rébellion touarègue et longtemps perçue comme une zone échappant au contrôle de l’État, repasse sous l’autorité des forces maliennes. Mais une question demeure : pourquoi le FLA a-t-il quitté Kidal au moment où les FAMa arrivaient ?
La chronologie donne matière à réflexion. Quelques jours plutôt avant l’entrée des FAMa à Kidal, Abdelmadjid Tebboune déclarait que l’Algérie était prête à répondre favorablement si le Mali ou le Niger lui demandait d’intervenir contre le terrorisme. Le Président algérien affirmait parallèlement ne pas vouloir s’ingérer dans les affaires intérieures maliennes, tout en se disant disponible pour aider Bamako dans la lutte contre les groupes terroristes. Et quelques heures plus tard, le FLA annonçait son retrait de Kidal.
Cela ne constitue évidemment pas la preuve d’un accord secret entre Alger et le FLA, mais la proximité temporelle est suffisamment frappante pour poser la question. Ce, d’autant que l’Algérie n’est pas un acteur extérieur au dossier du Nord malien.
Elle a longtemps été le principal médiateur de la crise et a joué un rôle déterminant dans la conclusion de l’Accord d’Alger de 2015. Bamako a depuis dénoncé cet accord, tandis que les relations entre les deux pays ont connu une forte dégradation. Or, depuis quelques mois, le décor a changé. Les relations Mali-Algérie connaissent en effet une nouvelle dynamique. Le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger en août. Quelques semaines plus tard, son homologue algérien Sifi Ghrieb est venu à Bamako. Une éventuelle visite du Président Assimi Goïta en Algérie est également évoquée. Dans ce nouveau contexte, Alger dispose de nouveau d’une fenêtre diplomatique. La question est donc de savoir si l’Algérie cherche à revenir dans le dossier du Nord malien avec l’ancienne méthode, celle d’une médiation institutionnelle, ou avec une approche plus discrète : favoriser les conditions d’un dialogue entre Bamako et les responsables du FLA.

Le retrait de Kidal pourrait, sous cet angle, prendre une autre signification. Sur le plan strictement militaire, le choix du FLA peut se comprendre. Les FAMa avaient engagé une offensive importante, appuyée par leurs partenaires russes. Les moyens aériens avaient préparé l’avancée terrestre et la pression militaire sur Kidal devenait de plus en plus forte. Dans ces conditions, défendre la ville jusqu’au bout aurait pu exposer le FLA à de lourdes pertes. Le mouvement aurait donc choisi de préserver ses forces. Mais cette décision comporte également un avantage politique : abandonner Kidal pour la cause politique qu’il revendique.
Le FLA perd le contrôle territorial de la ville, mais conserve ses hommes, ses réseaux et sa capacité de négociation. Un autre élément qui mérite une attention est les échanges de prisonniers entre Bamako et le FLA. Plusieurs dizaines de militaires maliens ont été libérés ces derniers mois, tandis que des combattants ou détenus liés au FLA ont également été remis en liberté. Ces opérations ont notamment bénéficié de médiations extérieures, dont celle du Président togolais Faure Gnassingbé. Ces échanges démontrent que les canaux de communication entre Bamako et le FLA ne sont pas totalement rompus.
Or, dans un conflit, le passage de la confrontation à l’échange de prisonniers constitue souvent l’un des premiers signes qu’un espace de dialogue reste possible. Sauf qu’il y a aussi le dossier Iyad Ag Ghaly, qui complique tout. On ne peut confondre le FLA avec le JNIM qui est une organisation terroriste affiliée à Al-Qaïda, bien que les deux ayant eu à collaborer dans une alliance de circonstance face à la puissance de feu des FAMa. Le FLA se présente d’ailleurs comme un mouvement politique et militaire défendant une revendication azawadienne. Pour Alger, la distinction est déterminante.
La récente déclaration de Tebboune peut justement être interprétée comme un signal. En effet, l’Algérie pourrait vouloir durcir son discours à l’égard du terrorisme tout en maintenant une porte ouverte au dialogue politique avec certains acteurs du Nord.
Les accusations maliennes selon lesquelles Iyad Ag Ghaly bénéficierait d’une protection en Algérie restent des allégations contestées qui, du reste, constituent l’un des principaux sujets de tension entre Bamako et Alger. Si Alger veut réellement se rapprocher de Bamako, elle devra donc convaincre les autorités maliennes qu’elle distingue clairement le combat contre le terrorisme de la question politique touarègue. Dans ce cas, la reprise de Kidal est-elle une victoire militaire ou ouverture politique ? C’est là que réside le véritable enjeu des derniers événements survenus dans l’Adrar des Ifoghas. Bamako obtient ce qu’il recherchait: le retour de l’État à Kidal sans avoir eu à subir une bataille urbaine particulièrement meurtrière, et le FLA, lui, évite une confrontation qui aurait pu décimer ses forces. Les deux camps peuvent donc, chacun à leur manière, considérer qu’ils ont préservé quelque chose.
Il ne s’agit donc pas d’affirmer que Alger a ordonné au FLA de quitter Kidal, mais le calendrier, le rapprochement diplomatique entre Bamako et Alger, la déclaration de Tebboune et l’existence de canaux de communication entre les protagonistes suffisent à nourrir une hypothèse, selon laquelle Alger pourrait chercher à faciliter, directement ou indirectement, un retour au dialogue.
La véritable question n’est donc peut-être plus de savoir si le FLA reprendra Kidal, mais plutôt ce qu’il fera maintenant qu’il l’a quittée ?
En effet, si le FLA reprend immédiatement les armes, son retrait aura été essentiellement militaire. Mais s’il maintient une posture politique, si les échanges se poursuivent et si des contacts se multiplient avec Bamako, alors une autre lecture pourra se dessiner : Kidal aura alors marqué le passage d’une phase de confrontation militaire à une phase de repositionnement politique. Dans cette hypothèse, l’Algérie aurait tout intérêt à redevenir un interlocuteur clé. Sauf que cette fois, Bamako ne serait plus disposé à accepter une médiation qui remettrait en cause sa souveraineté ou son contrôle territorial.
Comme on le voit, le scénario le plus plausible pourrait donc être celui d’une négociation nouvelle, débarrassée des schémas de 2015 et fondée sur un rapport de forces profondément transformé. Kidal est aujourd’hui une victoire militaire pour Bamako, mais si le retrait du FLA ouvre la voie à une négociation, la prochaine bataille pourrait se jouer alors dans les couloirs de la diplomatie. Et dans cette bataille-là, Alger pourrait bien chercher à reprendre sa place !
MAIMOUNA DOUMBIA
