HOUSSEINI AMION GUINDO À PROPOS DES SOLUTIONS DE SORTIE DE CRISE DANS LE PAYS : «LA CFR INCARNE L’ESPOIR POUR TOUS CEUX QUI VEULENT LA PAIX AU MALI »
Ancien ministre malien et ancien vice-président de l’Assemblée nationale, président de l’ancien parti Convergence pour le développement du Mali (CODEM), Housseini Amion Guindo, dit « Poulo », s’est exprimé dans la semaine sur un média international, entretien dans lequel il revient sur les motifs qui l’ont amené à rejoindre la CFR (Coalition des Forces pour la République), un mouvement qui, on le sait, est placé sous le leadership de l’imam Mahmoud Dicko, et qui incarnerait aujourd’hui, selon lui, « l’espoir pour tous ceux qui veulent la paix au Mali ».
I l évoque aussi des sujets ayant trait aux solutions de sortie de crise au Mali, dont la constante question de la négociation avec les groupes armés. Concernant les motifs de son soutien à la CFR, il dira qu’il a rejoint cette coalition parce que lui-même avait dénoncé, dans un premier temps, ce qu’il a appelé le « manichéisme qui prévaut au Mali », et qui voudrait que l’on soit « avec la dictature stérile que nous avons actuellement à la tête du pays », ou avec les terroristes. Il était donc important pour lui d’avoir une troisième voie pour tous ceux qui ne sont pas pour le projet terroriste et qui sont fatigués aussi de « cette dictature stérile depuis plus de cinq ans ». « La CFR incarne bien entendu une 3ᵉ voie pour nous, les politiques, afin de voir la démocratie revenir, de revoir notre République telle que nous l’avons connue, que la justice revienne dans le pays… Je pense que c’est cet espoir que porte la CFR avec l’imam Dicko. La CFR, c’est aussi la cohabitation inter-religieuse. Vous voyez, le porte-parole de la CFR est l’éminent intellectuel et politique malien Étienne Fakaba Sissoko, chrétien, et l’imam Mahmoud Dicko, un leader musulman. Donc la CFR, c’est aussi la promesse d’une cohabitation entre religions dans notre pays. La CFR, c’est l’espoir pour tous ceux qui veulent aujourd’hui que la paix revienne au Mali… En définitive, je dirais que c’est la meilleure alternative aujourd’hui pour l’opposition au Mali », a-t-il indiqué.
Et quand on soulève la question d’une certaine méfiance vis-àvis de l’imam Dicko, que certains trouvent trop radical ou peut-être trop proche de l’Algérie où il vit en exil présentement, Housseini Amion Guindo se veut pragmatique sur le sujet, y voyant plutôt « la promesse d’un retour au multipartisme et à la démocratie », l’imam Mahmoud Dicko donnant la garantie d’une telle perspective.
« Je pense que c’est avec cette garantie que les politiques ont accepté de s’engager avec lui dans la situation actuelle de notre pays. » Il soulève aussi la problématique de savoir si l’on peut, dans cette situation, « continuer avec la dictature qui interdit aujourd’hui toutes voix critiques, qui interdit les partis et les associations à caractère politique », ou composer avec des djihadistes à l’agenda inconnu. Et de préciser : « Au moins avec Mahmoud Dicko, nous sommes sûrs que c’est un espoir que notre démocratie revienne. C’est un espoir pour les politiques et, au-delà des politiques, pour les Maliens qui, dans un dialogue national inclusif, ont décidé d’ouvrir des négociations avec les groupes armés. L’imam Mahmoud Dicko a été installé par le gouvernement de la République du Mali à la tête d’une mission de bons offices pour prendre contact avec les groupes armés… Donc, s’il y a méfiance, ce qui peut être discuté, je ne pense pas qu’il soit sorti du cadre et des limites que le gouvernement lui a tracées dans ce sens pour aller parler avec les hommes armés… Sincèrement, pour nous aujourd’hui, c’est la meilleure alternative… ».
Quant au dialogue avec les groupes armés maliens (rebelles du Front de libération de l’Azawad, djihadistes…), aujourd’hui prôné par la CFR, là également, sans vouloir se substituer au porte-parole de la CFR, « Poulo » estime que la question qui doit se poser aujourd’hui est de savoir ce qu’il faut négocier : «Est-ce qu’il faut négocier pour l’ensemble ? Sinon, les négociations avec les groupes armés sont déjà en cours… Je veux dire que pour la libération de l’otage émirati, il y a eu des négociations ; pour la libération des chauffeurs marocains, il y a eu des négociations ; il y a eu des négociations à travers des responsables locaux pour, à la limite, des allégeances vis-à-vis des djihadistes sur une bonne partie du territoire national. Je connais davantage ce qui se passe dans le centre du pays, et je sais que des alliances ont été signées, souvent avec la complicité et l’accompagnement du gouvernement du Mali. Donc, la question n’est pas de négocier ou de ne pas négocier. Pour moi, il faut sortir de l’hypocrisie… Au lieu de négocier par portions ou de façon parcellaire à l’intérieur du pays, pourquoi ne pas porter cette négociation au niveau national ? ».
Le tout militaire est-il la solution à la crise malienne ? Là-dessus, Housseini Amion Guindo se montre très critique envers les autorités de la Transition et estime que le tout militaire n’est pas la solution au problème du Mali.
« Tout le budget du Mali est aujourd’hui orienté dans ce sens. Mais, comme vous pouvez le constater, s’il y a dix ans, en 2013, nous étions dans le Nord, et dans le Centre en 2018, aujourd’hui nous sommes à Sikasso. Aujourd’hui, les djihadistes occupent des zones à Kayes, des zones agricoles à Ségou… Et c’est pendant ces près de six ans que la junte vient de passer au pouvoir au Mali… C’est pourquoi, d’ailleurs, nous avons choisi la 3ᵉ voie », dira-t-il, en référence à la CFR, convaincu que ceux qui gouvernent aujourd’hui ne sont pas la solution à la crise malienne. « Poulo », symbole de résistance ? Housseini Amion Guindo s’impose aujourd’hui comme l’un des symboles les plus clairs de la résistance politique au Mali. « Poulo » n’a jamais entretenu l’ambiguïté. Il n’a jamais travesti les mots. Il croit fermement que le Mali ne se reconstruira jamais durablement dans la négation du suffrage universel. En effet, Housseini Amion Guindo n’est pas un agitateur de circonstance. Il est un républicain convaincu, formé dans le creuset de la vie politique malienne, ayant exercé des responsabilités gouvernementales et connaissant les réalités de l’État.
Son engagement pour le retour à l’ordre constitutionnel n’est ni un slogan ni une posture extérieure : c’est une vision structurée, fondée sur la séparation des pouvoirs, le respect des libertés publiques et le pluralisme politique.
Ce qui distingue Housseini Amion Guindo, c’est sa capacité à parler de l’avenir sans flatter les instincts les plus bas. Il ne promet pas l’homme providentiel, il défend le retour des institutions. Il ne sacralise pas la force, il revendique la légitimité populaire. Il ne vend pas des illusions, il appelle à la responsabilité collective. Dans un pays où l’espace politique semble volontairement asphyxié, son discours redonne une perspective : celle d’un Mali pouvant redevenir une République normale, gouvernée par des civils élus, contrôlée par des citoyens libres. Aujourd’hui, le Mali a besoin d’hommes politiques courageux, capables de porter le combat démocratique malgré les risques. En ce sens, Housseini Amion Guindo incarne l’avenir du Mali, non pas parce qu’il prétend sauver le pays seul, mais parce qu’il défend l’idée essentielle selon laquelle le peuple malien doit reprendre son droit fondamental de choisir ses dirigeants.
L’histoire est trop sévère… Elle est souvent plus généreuse avec ceux qui, dans les moments sombres, ont refusé de trahir la République, à l’instar d’un certain Housseini Amion Guindo, dit « Poulo ».■
MAÏMOUNA DOUMBIA
