DEBUT DES PLAIDOYERS DANS LE PROCÈS AFFAIRE PARAMOUNT ET EMBRAER ME MALICK COULIBALY : « LE PARQUET NOUS A SERVI DE LA BOUILLABAISSE EN PRONONÇANT UNE PEINE COLLECTIVE »
Les plaidoiries des avocats de la défense dans le procès dit « affaire Paramount et Embraer » ont débuté, jeudi 29 janvier 2026, à la Chambre criminelle du Pôle économique et financier. Les avocats de l’ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants, Tiéna Coulibaly, et de l’ancien directeur des finances et du matériel du ministère de la Défense, le colonel-major Abdoul Wahab Touré, ont successivement souligné la défaillance de l’État, en procédant à des démonstrations visant à prouver l’innocence de leurs clients dans ces deux dossiers.
Me Malick Coulibaly, avocat de l’ancien ministre Tiéna Coulibaly, a, dans sa plaidoirie, fait savoir que les infractions de « faux et usage de faux, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux » pour lesquelles son client est poursuivi ne tiennent pas. Il a ainsi demandé à la Chambre criminelle de dire le droit. « Dans tout jugement, vous devez même vérifier le texte d’incrimination générale. Estce qu’Embraer a dit qu’on a substitué des conventions dans lesquelles il ne se reconnaît pas ? Est-ce que l’État du Mali peut dire qu’il ne s’y reconnaît pas après avoir payé, conformément aux deux avenants, pour ensuite affirmer qu’on a substitué d’autres conventions que celles initialement conclues ? Ce n’est pas le cas », a indiqué l’avocat, soutenant que le fond du dossier ne tient pas. Revenant sur les réquisitions du ministère public, qui a demandé lundi dernier dix ans de réclusion criminelle contre l’ancien ministre Tiéna Coulibaly et douze ans pour les autres accusés, Me Malick Coulibaly a estimé que le parquet avait des attentes irréalistes : « Monsieur le Président, lundi dernier, on nous a servi deux plats. Le premier, c’est de la bouillabaisse. Le second, c’est le riz au gras sec que ma maman nous servait quand j’étais gosse parce que nous étions extrêmement pauvres. Voilà le plat servi par le ministère public. Pour manger ça, il faut avoir un gobelet dans l’autre main, sinon ça ne passe pas », a-t-il illustré son propos.

Concernant le changement de devise qui aurait engendré une hémorragie financière pour l’État du Mali, l’avocat a précisé que cette modification avait été exigée par le ministre de l’Économie et des Finances et constituait une condition pour accepter l’avenant. « Il n’y a aucune intention de quelque nature que ce soit. C’est très logique », a-t-il soutenu. « Monsieur le Président, honorables membres de la Chambre, au regard de ce qui vient d’être développé, vous aurez les plats de résistance et les desserts. Au regard de ce qui a été démontré, vous avez le devoir d’acquitter », a-t-il lancé. Pour Me Malick Coulibaly, la présomption d’innocence signifie que, jusqu’à preuve du contraire, ces hommes et cette femme poursuivis sont loyaux et respectueux des textes. « La preuve irréfutable, nous ne l’avons pas. Jugez-les comme vous aimeriez être jugés », a-t-il conclu.
Quant à Me Ladji Traoré, conseil de l’ancien DFM du ministère de la Défense et des Anciens combattants, le colonel-major Abdoul Wahab Touré, il a demandé aux membres de la Chambre criminelle de ne pas associer leur nom à une décision qui entrerait dans l’histoire comme une incrimination d’innocents.
« Personne ne veut la vérité dans ces dossiers puisqu’il y a une poursuite sélective. Il faut des coupables désignés. Les accusés ici, aujourd’hui, ne sont en réalité que des figures emblématiques du mal, des boucs émissaires que la société doit périodiquement sacrifier pour se redonner bonne conscience », a-t-il déclaré. Selon lui, la Chambre criminelle devra répondre à une question fondamentale : qui a détourné quoi ? Où est parti l’argent ? Quel est l’acte préalable de détournement ? « À défaut d’intelligence, le bon sens permet à chacun de réfléchir. Il n’y a pas eu de détournement. Le détournement est impossible », a-t-il affirmé. Pour Me Traoré, la justice est forte lorsqu’elle est offerte et belle lorsque les procès sont gagnés. « Cette justice que nous chérissons a beaucoup de failles. Mais ils ne sont pas coupables. Vous le savez. Vous en êtes convaincus », a-t-il soutenu, estimant que les pièces versées au dossier sont totalement inutiles. Il a enfin expliqué que le rapport incriminant les accusés ne respecte aucune forme régulière : son auteur est inconnu, sa méthodologie inconnue, tout comme l’origine des montants évoqués.
« Le signataire est inconnu puisqu’il n’y a même pas de signature. Seule la justice nous intéresse. Mais hélas, la justice de ce pays, aujourd’hui, est devenue une machine à broyer », a regretté l’avocat.■
YOUSSOUF KONATE
