BUDGET 2027 : COMMENT FINANCER LA GUERRE SANS SACRIFIER LE DÉVELOPPEMENT ?
Avec 4 462 milliards de FCFA de dépenses prévues et un déficit de près de 596 milliards, le projet de budget 2027 place le Mali devant un arbitrage majeur, notamment celui de répondre aux impératifs de défense et de sécurité tout en préservant les investissements sociaux et économiques indispensables à l’avenir du pays.
Le Mali prépare son budget 2027 dans un contexte où les exigences sécuritaires continuent de peser sur les finances publiques. Adopté en Conseil des ministres le 18 septembre 2026, le projet de loi de finances affiche des recettes prévisionnelles de 3 866,635 milliards de FCFA, contre 3 372,895 milliards dans la loi de finances rectifiée de 2026. Les dépenses, elles, sont estimées à 4 462,646 milliards, contre 3 993,319 milliards un an plus tôt.
L’écart entre les ressources et les charges fait ressortir un déficit prévisionnel de 596,011 milliards de FCFA. Certes, celui-ci recule de 3,93 % par rapport aux 620,425 milliards de la loi de finances rectifiée de 2026, mais cette amélioration ne doit pas masquer l’ampleur des besoins auxquels l’État doit répondre. Le projet prévoit une hausse des recettes de 14,64 %, supérieure à celle des dépenses, qui progressent de 11,75 %.
Cette évolution traduit l’ambition d’accroître les ressources publiques tout en maîtrisant le déficit. Reste à savoir si les recettes attendues pourront effectivement être mobilisées dans un environnement marqué par l’insécurité, les contraintes économiques et les besoins croissants des populations.
Dans un pays confronté à la menace des groupes armés, à l’insécurité sur certains axes et à la nécessité de protéger les populations, l’effort de défense constitue une exigence nationale.
Il implique des moyens humains, matériels et logistiques, mais aussi des dépenses pour sécuriser le territoire et permettre le retour durable de l’administration dans les zones fragilisées. Toutefois, la sécurité ne saurait être réduite aux seules opérations militaires. Elle dépend également de la capacité de l’État à fournir des services publics, à maintenir les infrastructures, à favoriser l’emploi et à offrir des perspectives aux jeunes. Là où les populations manquent d’eau, d’écoles, de centres de santé ou d’activités économiques, la présence effective de l’État demeure un enjeu essentiel de stabilité. Le véritable défi du budget 2027 est donc de concilier deux impératifs étroitement liés : financer les moyens nécessaires à la défense nationale et préserver les investissements qui renforcent la résilience des communautés. Il ne s’agit pas d’opposer les dépenses militaires au développement, mais de déterminer comment les articuler pour que l’effort sécuritaire contribue aussi au rétablissement durable de la vie économique et sociale.
Pour financer ces ambitions, l’État compte notamment sur la progression des recettes budgétaires. L’amélioration du recouvrement fiscal et douanier, l’élargissement de l’assiette fiscale et une meilleure mobilisation des ressources nationales représentent des leviers importants. Mais la hausse attendue des recettes ne doit pas se traduire mécaniquement par une pression supplémentaire sur les ménages et les entreprises déjà fragilisés. L’enjeu consiste à mieux faire contribuer les activités économiques, à réduire les pertes de recettes et à renforcer le civisme fiscal, sans étouffer l’initiative privée ni pénaliser davantage le pouvoir d’achat. Le secteur minier constitue également un enjeu majeur pour les finances publiques. L’or et le lithium offrent des possibilités de recettes, mais la dépendance à des ressources exposées aux fluctuations des cours internationaux comporte des risques.
Une stratégie durable suppose donc de transformer les revenus extractifs en investissements productifs, tout en diversifiant les sources de richesse nationale.
L’agriculture, l’élevage, l’agro-industrie et la transformation locale méritent, à cet égard, une attention particulière. Ils peuvent contribuer à réduire certaines dépendances, à créer des emplois et à élargir progressivement la base fiscale du pays.
Le déficit prévu pour 2027 devra être financé. Cela pose inévitablement la question du recours à l’endettement et de son coût futur. Emprunter n’est pas nécessairement un mauvais choix lorsqu’il s’agit de financer des investissements utiles et capables de soutenir la croissance. Mais l’accumulation des engagements financiers peut réduire, à terme, les marges de manœuvre de l’État.
Le service de la dette entre alors en concurrence avec d’autres besoins budgétaires, chaque ressource consacrée au remboursement des emprunts n’étant plus disponible pour financer une école, un centre de santé, une route ou un programme d’insertion professionnelle. La vigilance doit donc porter autant sur le niveau du déficit que sur l’utilisation des ressources empruntées, les conditions de financement et la capacité des investissements à produire des bénéfices économiques durables.
L’examen du projet de loi de finances par le Conseil National de Transition, au cours de sa session budgétaire ouverte le 5 octobre 2026, constitue donc une étape importante. Les arbitrages doivent permettre d’apprécier non seulement les équilibres globaux, mais également la répartition des crédits, les objectifs poursuivis et les résultats attendus. La question essentielle reste celle de l’efficacité de la dépense publique.
Dans un contexte de ressources limitées, les crédits doivent répondre à des priorités clairement définies, faire l’objet d’un suivi rigoureux et produire des résultats mesurables.
Les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture et de l’emploi des jeunes ne peuvent être considérés comme secondaires au seul motif que la situation sécuritaire impose des dépenses importantes.
Comment répondre aux urgences du présent sans compromettre les capacités du pays à construire son avenir ? Tout le débat est à ce niveau. Le Mali doit assurer sa défense, protéger ses citoyens et restaurer l’autorité de l’État, mais il doit aussi, et simultanément, investir dans son capital humain, soutenir la production nationale et créer les conditions d’une croissance qui bénéficie au plus grand nombre.
La réponse ne réside ni dans la réduction aveugle des dépenses de sécurité ni dans le sacrifice des politiques de développement. Elle passe plutôt par une mobilisation plus efficace des ressources nationales, une hiérarchisation transparente des priorités, une gestion rigoureuse de la dette et une évaluation régulière des résultats. Le véritable défi du budget 2027 sera donc de faire de chaque franc dépensé un levier de sécurité, de résilience et de développement.
MAIMOUNA DOUMBIA
