L’ANCIEN MAIRE ADAMA SANGARE DEVANT CHAMBRE CRIMINELLE DU POLE NATIONAL ÉCONOMIQUE ET FINANCIER, HIER : « Je ne reconnais pas les faits…J’ai agi sur ordre verbale du Président Ibrahim Boubacar Keïta pour donner des Logements sociaux aux éléments de la CMA, du GATIA et à la famille Intalla »
Le procès de l’affaire dite du « morcellement » de la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou se poursuit devant la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier. La deuxième journée de l’audience, tenue hier, mardi 13 octobre, a été consacrée à la comparution de l’accusé principal, l’ancien maire du District de Bamako, Adama Sangaré.
Avant d’entendre l’ancien maire, la Chambre criminelle s’est prononcée sur les exceptions soulevées par la défense à l’ouverture du procès, le lundi 12 octobre. Les avocats avaient demandé l’abandon des poursuites et la libération pure et simple de leur client, estimant que cette affaire avait déjà été jugée et que « l’on ne peut pas poursuivre la même personne une seconde fois pour les mêmes faits ». Mais ces exceptions ont été rejetées par la Chambre, qui les a jugées « non fondées ».
À la barre, l’ancien maire Adama Sangaré, poursuivi pour des faits présumés « d’atteinte aux biens publics, de faux et usage de faux, de détournement frauduleux, de malversations financières et de complicité », a immédiatement rejeté les charges retenues contre lui. « Je comprends difficilement les chefs d’accusation. Je ne reconnais pas les faits. J’ai agi sur ordre verbal du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, pour attribuer des logements sociaux à Bamako aux ressortissants du Nord, notamment aux éléments de la CMA, du GATIA et à la famille Intalla », a-t-il déclaré.
Pour lui, ne pas exécuter l’ordre verbal du président aurait constitué un acte d’insubordination et une violation de la légalité. Selon lui, l’ordre verbal donné par une autorité supérieure dans une administration hiérarchisée est un acte administratif exécutoire d’office. Concernant les zones morcelées et attribuées, l’ancien maire a affirmé que ces emprises ne relevaient pas de la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou. « Les zones dans lesquelles j’ai effectué les opérations de lotissement, de morcellement et d’attribution ne relèvent pas de la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou. Il s’agit des zones de Faladié-Est, Sénou, Kalaban-Coura-Sud et Niamakoro-Diallobougou », a-t-il déclaré.
Il a expliqué avoir mené ces opérations sur instruction et ordre verbal du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, avec l’accord du Premier ministre de l’époque, de son ministre de tutelle, chargé de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Réforme de l’État, Mohamed Ag Erlaf, ainsi que du ministre chargé des Domaines. Il a affirmé que ces opérations consistaient à trouver des espaces et des logements à usage d’habitation au profit des ressortissants du Nord, notamment des éléments de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), du Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) et de la famille Intalla, une grande dynastie traditionnelle et politique touarègue des Ifoghas, basée dans la région de Kidal.
Concernant la question de la réduction des recettes, du manque à gagner ou encore du détournement des frais d’édilité liés aux lotissements, M. Sangaré a indiqué que ce sont les agents du ministère de l’Économie et des Finances qui gèrent la caisse, et non la mairie. S’agissant des frais de démolition de certains espaces dans la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou, d’une valeur de plus de 500 millions de FCFA, mais évalués par certains enquêteurs à environ 49 millions de FCFA et supportés par l’État, l’ancien maire Adama Sangaré a affirmé n’avoir été informé de ces opérations, ni y avoir été associé ou avoir participé à leur réalisation.
Les interrogatoires des autres accusés se poursuivent devant la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier afin de faire toute la lumière sur cette affaire de la zone aéroportuaire. Un dossier qui fait couler beaucoup d’encre et de salive depuis quelques années.
YOUSSOUF KONATE
