DÉGRADATION DE LA ROUTE BAMAKO – KÉNIÉBA : ENTRE L’ÉTAT ET LES SOCIÉTÉS MINIÈRES QUI VA PAYER LA FACTURE ?
Dégradé et difficilement praticable, notamment en période d’hivernage, l’axe Bamako–Kéniéba constitue une source croissante de préoccupations pour les usagers et les populations riveraines. L’association Wassa Ton met en cause les conséquences du transport des équipements miniers et réclame des sanctions contre les responsables d’éventuelles dégradations. Au-delà des accusations, une question s’impose : qui doit payer la facture de la détérioration de cette infrastructure stratégique ?
Au Mali, la richesse du sous-sol ne devrait pas se traduire par l’enlisement des routes qui la rendent accessible. Pourtant, sur les quelque 450 kilomètres reliant Bamako à Kéniéba via Kita, les difficultés de circulation transforment le déplacement en une véritable épreuve. Nids-de-poule, chaussée dégradée, bourbiers et ralentissements mettent à rude épreuve les voyageurs, les transporteurs et les opérateurs économiques.
En saison des pluies, le trajet peut prendre jusqu’à deux jours, selon les témoignages rapportés. Une situation qui entraîne des retards, accélère l’usure des véhicules, renchérit les coûts de transport et expose les usagers à des risques supplémentaires. Pour cette région à forte activité minière, l’état de la route représente ainsi bien plus qu’un problème de mobilité. Il constitue un frein aux échanges et au développement économique, tout en compliquant le quotidien des populations.
Pour Aliou Diallo, Président de l’association Wassa Ton, les activités minières portent une part importante de responsabilité dans la dégradation de cet axe. Il dénonce notamment le transport d’équipements lourds et les pratiques de certains opérateurs qui, en cas de panne de leurs camions-remorques, feraient circuler directement des bulldozers chenillés sur le bitume. Si ces pratiques sont avérées, elles soulèvent de sérieuses interrogations sur le respect des règles de protection du patrimoine routier.
L’association estime que les activités de certaines compagnies minières seraient responsables d’environ 60 % des dégradations constatées. Ce chiffre, avancé par Wassa Ton, reste toutefois à confirmer par une expertise technique indépendante. Celle-ci devrait permettre de distinguer les dommages liés au transport minier de ceux imputables à l’usure, au défaut d’entretien, au drainage insuffisant ou à d’autres facteurs.
Cette démarche est indispensable pour établir les responsabilités sur des bases objectives et éviter que les accusations ne se substituent aux preuves. Une question se pose cependant : lorsqu’une activité économique contribue à détériorer une infrastructure publique, qui doit en supporter les coûts ? Le secteur minier occupe une place importante dans l’économie malienne. Sa contribution au développement doit également tenir compte des conséquences des activités sur les routes, l’environnement et les conditions de vie des communautés.
Lorsque des dommages sont directement imputables à des pratiques contraires aux règles en vigueur, il est légitime que les responsables soient amenés à répondre de leurs actes et, le cas échéant, à contribuer à la réparation des préjudices. L’enjeu n’est pas d’opposer les populations aux entreprises minières, mais de rappeler qu’aucune activité économique, aussi stratégique soit-elle, ne peut s’exercer au détriment de l’intérêt général. L’exploitation des ressources nationales doit s’accompagner du respect des infrastructures qui permettent leur acheminement.
Face à cette situation, l’association interpelle les autorités compétentes et demande des enquêtes ainsi que des audits indépendants pour identifier les entreprises éventuellement impliquées et établir les responsabilités. Elle réclame également des sanctions administratives et judiciaires contre les contrevenants, conformément aux textes en vigueur. Elle propose enfin que les biens des entités reconnues coupables puissent faire l’objet de saisies légales afin de contribuer au financement de la réhabilitation de la route.
Une telle mesure suppose néanmoins une base juridique précise et le respect des procédures applicables. D’autres mécanismes, notamment les obligations de réparation et d’indemnisation prévues par la loi, pourraient également être mobilisés lorsque les responsabilités sont établies. L’essentiel est que les dénonciations donnent lieu à des vérifications sérieuses et que les éventuelles fautes soient suivies de mesures concrètes.
L’urgence de la situation exige toutefois de ne pas subordonner la réhabilitation de l’axe aux seules conclusions d’éventuelles procédures judiciaires. Un diagnostic technique doit permettre d’identifier les tronçons les plus dégradés, d’évaluer les travaux nécessaires et de définir un calendrier d’intervention crédible. Parallèlement, le contrôle des charges transportées, l’encadrement des convois exceptionnels et le respect des règles de circulation des engins lourds doivent être renforcés.
Sans mesures préventives, les travaux risquent de ne produire que des résultats temporaires. L’État doit donc concilier deux impératifs : préserver une infrastructure essentielle à la mobilité des citoyens et veiller à ce que les activités économiques respectent le patrimoine public. Au fond, l’axe Bamako – Kéniéba pose une question qui dépasse cette seule route : à qui profite la richesse minière lorsque les populations supportent aussi le coût de ses conséquences sur les infrastructures ?
La réponse exige des preuves, des responsabilités clairement établies et des travaux à la hauteur des besoins, car une route stratégique dégradée n’est pas seulement un problème de circulation, c’est aussi un frein au développement et une charge supplémentaire pour les citoyens. La richesse du sous-sol doit contribuer à bâtir le pays, non à détériorer les voies qui le relient.
MAIMOUNA DOUMBIA
