LE PARCOURS INSPIRANT DE BINTA DIAKITÉ N’DIAYE JUGE D’INSTRUCTION AU PÔLE NATIONAL DE LUTTE CONTRE LA CYBERCRIMINALITÉ : «LA JUSTICE DOIT PROTÉGER LES PLUS VULNÉRABLES»
A l’occasion de la journée Internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars, nous avons rencontré madame Binta Diakité N’Diaye, juge d’instruction au Pôle National de lutte contre la Cybercriminalité. Magistrate engagée, et figure montante du système judiciaire malien, elle revient sur son parcours, les défis auxquels font face les femmes dans le milieu judiciaire au cœur d’une société patriarcale dans laquelle nous évoluons. C’est une dame ambitieuse, tout en restant humble et confiante en ses capacités, que nous avons découvert à travers cette interview. Une dame, qui s’est forgée en ayant pour mentor un homme, et pour soutien de taille, un mari sur qui compter. Elle est l’exemple parfait, que dans une société patriarcale, il y a des hommes qui sont présents pour encourager et accompagner les femmes à s’épanouir dans leurs carrières professionnelles.
Elle met un accent sur la nécessité de renforcer la protection des plus vulnérables dans notre société. Madame Binta Diakité N’Diaye, incarne une génération de femmes déterminées à faire évoluer les mentalités. Elle partage avec nous son parcours, ses convictions et son regard, sur les défis que doivent encore relever les femmes dans la justice et dans la société malienne. Entre engagement humanitaire, carrière judiciaire et responsabilités familiales, Madame Binta Diakité N’Diaye trace un parcours inspirant, prouvant, que l’on peut être une femme qui brille sur tous les niveaux. Portrait d’une magistrate engagée au service de la justice et des droits des femmes, qui ne fait qu’entamer un parcours, qui marquera, à coup sûr l’histoire judiciaire de notre Maliba !
Pouvez-vous, vous présenter à nos lecteurs ?
Merci, Madame SAMAKÉ, de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer aussi bien sur mon parcours personnel que sur la situation des femmes à l’occasion du 8 mars. Je rends grâce à Allah, Soubhan’Allah wa Ta’ala, qui nous a permis de vivre ce jour. Je suis Binta N’Diaye, née Diakité, magistrate. J’occupe actuellement la fonction de juge d’instruction du troisième cabinet au Pôle National de lutte contre la Cybercriminalité. Je suis également mariée et mère de trois enfants.
En dehors de mes activités professionnelles, j’aime la marche et la lecture d’ouvrages contemporains. Sur le plan associatif, je suis présidente d’une ONG nationale et membre du bureau exécutif de l’Association malienne des femmes juges (AMAFEJ).
Vous avez un parcours humanitaire. Combien de temps avez-vous travaillé dans le secteur associatif ?
J’ai travaillé pendant cinq ans dans une ONG dans le cadre d’un programme mené avec des partenaires canadiens. Lorsque ce programme a pris fin, nous avons estimé qu’il était important de poursuivre les actions engagées. Nous avons donc décidé de transformer cette initiative en organisation nationale, tout en continuant à collaborer avec nos partenaires internationaux. Par la suite, j’ai été élue Secrétaire Générale avant de devenir Présidente du Conseil d’administration, fonction que j’occupe depuis plus de quatre ans aujourd’hui.
Quel est l’objectif principal de cette ONG (CERFADEL : Cercle de Réflexion, de Formation et d’Appui au Développement Local ) ?
L’ONG est présente au Mali depuis 2005 et œuvre pour le développement local et la promotion des droits des femmes, tout en encourageant un développement inclusif et la résilience. Nous travaillons notamment à renforcer l’autonomie économique des populations, à travers des activités génératrices de revenus et la culture de l’épargne, ainsi qu’au renforcement de capacités des ressources endogènes.
Comment votre engagement dans les ONG vous a conduit vers la magistrature ?
Pendant plusieurs années, j’ai aussi travaillé au sein d’un programme de promotion et de protection des droits de l’homme piloté par le PNUD. Après les années d’expériences dans ce domaine, j’ai décidé d’intégrer la magistrature. J’étais convaincue que la justice constitue un pilier essentiel de l’État de droit et un instrument fondamental pour protéger les citoyens, en particulier les plus vulnérables.
Vous avez donc eu un déclic dans votre parcours humanitaire ?
Oui. Lorsque je travaillais avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), nous menions un programme consacré à la protection des droits humains. Dans ce cadre, nous collaborions étroitement avec les magistrats. Nous avons organisé de nombreuses formations à travers tout le territoire malien sur les droits humains et l’égalité de Genre. Cette collaboration étroite avec les juges a suscité chez moi une véritable vocation pour la magistrature.
Quel a été votre parcours dans la magistrature ?
Mon parcours est le résultat d’un travail constant, de persévérance et de foi en mes capacités. J’ai occupé plusieurs fonctions au sein de l’appareil judiciaire :
- Substitut du procureur au Tribunal de grande instance de la Commune III
- Magistrate à la Direction nationale des affaires judiciaires et du sceau
- Juge au siège au Tribunal de grande instance de la Commune VI
Aujourd’hui, je suis juge d’instruction au Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.
Mon arrivée au pôle, est le résultat du cumul de ces expériences. Cependant, mon intérêt pour les nouveaux défis juridiques liés au monde numérique est incommensurable. J’ai choisi la justice parce que je voulais être utile à la société, défendre l’égalité de genre et contribuer à faire respecter la loi.
Comment conciliez-vous votre carrière et votre rôle de mère ?
Ce n’est pas toujours facile. Être femme est une bénédiction, mais cela demande souvent beaucoup d’organisation, de discipline et de sacrifices. Si les hommes doivent fournir un effort, la femme, dois en fournir le double, ou le triple. Dans mon cas, j’ai eu la chance de bénéficier d’un soutien familial très important, notamment de mon époux et ma maman. Lorsque je préparais mon DEA par exemple, je travaillais déjà. Je quittais le bureau pour aller suivre mes cours jusqu’à des heures tardives. Pendant ce temps, mon mari s’occupait des enfants. Son soutien a été déterminant dans mon parcours.
Pensez-vous que vous auriez eu le même parcours si votre mari n’avait pas été d’un soutien aussi solide ?
Non, pas du tout. Peut-être que j’allais m’arrêter en milieu de chemin, car entreprendre d’autres études après la maitrise en étant en couple et en ayant des enfants à bas âge, s’il n’y a pas ce soutien, en tant que femme, ce n’est pas facile. Les obstacles feront que tu vas baisser les bras. Mais si tu as un mari sur qui tu peux compter, cela te donne le courage d’aller en avant. Lorsqu’un mari comprend l’importance de l’épanouissement professionnel de son épouse, il devient un véritable partenaire dans la construction d’une vie équilibrée.
« Si les hommes doivent fournir un effort, la femme,
doit en fournir le double, ou le triple »
À votre avis, qu’est-ce qui explique le soutien de certains hommes, qui sont très présents pour aider leur femme à accomplir leur carrière professionnelle, contrairement à d’autres ?
Je pense que c’est une question d’éducation. Avoir un mari intellectuel, qui connaît le milieu du travail, sa valeur et comment cela peut épanouir une personne, rend plus facile pour lui l’accompagnement de son épouse. Un époux, qu’il soit intellectuel ou pas, doit soutenir l’épanouissement de son épouse.
Mais il y a aussi des hommes intellectuels qui ne veulent pas que leur femme ait une vie professionnelle épanouie…
Eux, ils sont égoïstes (rires) ! Il y a certains maris intellectuels qui ne veulent pas voir leur femme avancer. Ils se cachent derrière des prétextes liés au rôle de la femme dans la société tels que : « Pourquoi ne veux-tu pas préparer pour moi ? », « Pourquoi n’es-tu pas à la maison ? », « Pourquoi ne t’occupes-tu pas des enfants ? ». Alors que lorsque la femme travaille ou dispose d’une source de revenus, c’est aussi pour soutenir la famille. Je dirais que c’est à l’avantage de l’époux d’accompagner son épouse.
Vous avez construit votre carrière professionnelle tout en ayant des enfants en bas âge. Comment avez-vous réussi à concilier votre rôle de mère avec votre construction professionnelle ?
A cette époque, mon bureau était à proximité de la maison paternelle. Donc je les confiais à ma maman qui était à la retraite. Les enfants n’ont donc pas trop ressenti mon absence, surtout qu’ils étaient encore petits. Je faisais toujours en sorte d’être présente pour eux lorsqu’ils en avaient besoin.
Aujourd’hui, ils sont plus grands. Comment vous perçoivent-ils ?
Ils sont très fiers de moi. À travers leurs cadeaux et leurs écrits, ils me font comprendre qu’ils sont fiers de mon parcours. Quand ils sont découragés, je leur parle de mon expérience. Je les encourage à terminer leurs études et à devenir indépendants. Pour mes garçons, j’essaie de leur transmettre une éducation différente de celle que nos mères ont parfois donnée, afin qu’ils aient une vision plus égalitaire des rôles dans la société.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées en tant que femme dans le milieu judiciaire ?
Dans un système patriarcal, les femmes ont souvent moins accès aux espaces de décisions et aux opportunités professionnelles. Cela se ressent également dans le milieu judiciaire.
Dans le cadre du travail, il arrive effectivement qu’en tant que femme, nous avons souvent des obstacles, avec les collègues hommes, ainsi qu’avec la hiérarchie qui est majoritairement masculine.
Et j’en ai eu sans rentrer dans les détails (rires). Mais, ces obstacles m’ont renforcé et m’ont donné l’opportunité d’avancer. Souvent il faut agir spontanément pour mettre fin à certaines pratiques discriminatoires.
« Il y a lieu d’encourager la présence féminine dans les juridictions spécialisées. Être parmi les premières femmes à ce niveau est un honneur et une responsabilité »
La perception des femmes juges a-t-elle évolué ?
Oui, il y a eu une évolution positive ces dernières années. La présence des femmes dans le système judiciaire est de plus en plus reconnue.
Combien de femmes juges compte le pôle ?
Nous sommes au nombre de quatre femmes juges au pôle : une au parquet, une à l’instruction et deux au siège. Le pôle est une institution récente, créée en 2022 et opérationnelle depuis 2023. Actuellement, je suis la seule femme au cabinet d’instruction auprès de deux hommes. Donc, nous sommes une première équipe à animer le pôle. Cependant, Il y a lieu d’encourager la présence féminine dans les juridictions spécialisées. Être parmi les premières femmes à ce niveau est un honneur et une responsabilité.
Que représente pour vous le 8 mars ?
Pour moi, le 8 mars est avant tout une journée de réflexion et de bilan. Malheureusement, au Mali, cette journée est parfois réduite à une simple célébration festive. Je pense qu’il est temps que l’on dépasse ce stade. Le 08 mars doit être un moment de mobilisation pour l’égalité et la défense des droits des femmes. On doit considérer le 08 mars comme étant une période de bilans des acquis des droits des femmes, des enjeux et des défis, afin d’atteindre nos objectifs. Il s’agit de dénoncer la discrimination, les violences sexistes et sexuelles, et les inégalités liées au genre.

Les droits des femmes ont-ils réellement progressé au Mali ?
Oui, notamment sur le plan législatif. Plusieurs conventions internationales ont été ratifiées et des lois importantes ont été adoptées. Cependant, les mentalités évoluent plus lentement, ce qui rend l’application concrète de ces droits plus difficile.
Pourquoi ?
Je pense que cela est dû à la mentalité et aussi à l’éducation. L’analphabétisme conjugué aux pesanteurs socio-culturelles font avancer timidement l’application concrète. Il y aura toujours des réserves, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse. Je pense qu’il faut continuer avec la sensibilisation, vu le contexte social dans lequel nous évoluons. La réforme pour l’application effective des droits de la femme, doit forcément passer par une sensibilisation.
Pensez-vous que le nombre limité de femme dans le domaine juridique joue sur une meilleure application des droits des femmes?
Oui totalement. Il y a certains domaines juridiques ou les femmes sont très peu présentes. Dans le cas par exemple, des juridictions spécialisées, les femmes ne sont pas aussi nombreuses. Il faudrait renforcer cela. Ce n’est pas seulement une question de statistique, mais un véritable enjeu de qualité de la justice : la présence des femmes dans la justice, va jouer sur l’amélioration de la qualité de la justice rendue et contribuer à améliorer la transparence, à travers la prise en compte de certaines injustices, notamment celle destinés aux femmes, aux enfants, aux plus démunis. La présence des femmes, favorisent aussi une meilleure prise en compte spécifique de certaines problématiques, notamment, celles liées aux violences sexuelles, la protection des mineures, et même tout ce qui touche les questions familiales.
Comment expliquez-vous la faible présence des femmes dans certaines professions juridiques ?
Cela s’explique souvent par le parcours éducatif des jeunes filles, qui n’ont pas toujours les mêmes opportunités d’accéder aux études supérieures. Le second problème, c’est par rapport à la filière choisie. Très généralement elles s’orientent vers des filières qui ne nécessitent pas de longues études.
Il faut aussi ajouter que le mariage avec ses réalités peut freiner la vie professionnelle des jeunes dames, si elles ne prennent pas leur courage à deux mains, ont difficilement accès à ces professions. Je pense qu’il faut encourager les jeunes femmes, à aller vers ces formations, en les soutenant à travers un système de mentorat. Par exemple dans le cadre de la semaine de la justice, qui est organisé chaque année, on pourrait organiser des ateliers ou séminaires, focalisés sur le fait d’encourager les étudiantes en droit à devenir de futures magistrates.
Ce serait intéressant de souffler cette idée à Monsieur le Ministre !
(Rires) C’est vrai, ce serait une belle opportunité, qui pourrait, au-delà de la semaine de la justice, être une activité phare de l’association des femmes Juges.
Par rapport au 8 mars: « La réforme pour l’application effective
des droits de la femme, doit forcément passer par une sensibilisation »
Bien que les femmes occupent des postes importants dans les institutions publiques, la loi 2015 -052 du 18 Décembre 2015 à fixer à 30% le quota de représentation aux postes électifs et administratifs. Dans les faits madame le Juge, cette loi est-elle respectée ?
(Rires), Sarah, je pense que tu as déjà ta réponse. Cette loi a été une avancée normative majeure pour le Mali et pour la promotion du leadership féminin. Cependant, la mise en pratique pose problème, et pourtant, le Mali ne manque pas de femmes cadres compétentes. En milieu rural également, il existe des femmes leaders capables d’apporter leur contribution à la construction du Pays. L’effectivité de cette loi dépend de son application concrète et de la mise en place d’un mécanisme de suivi efficace au sein des Institutions.
Et encore une fois, il y a cet handicap de la société patriarcale dans laquelle nous évoluons : A compétence égale, entre un homme et une femme, très généralement c’est l’homme qui est choisi. Il y a toujours des excuses discriminatoires concernant les femmes. Il est temps de voir autrement les femmes ; qu’elles soient mises, en terme de compétences, sur le même pied d’égalité que les hommes.
Je profite de ce micro pour féliciter et remercier toutes les femmes engagées dans cette lutte pour l’égalité du genre, ainsi que toutes les femmes et hommes qui les soutiennent.
On entend souvent que le procureur est plus puissant que les magistrats. Est-ce vrai ?
Le rôle du procureur est perçu très généralement comme prépondérant quand il s’agit de tribunal, de pole etc…mais ce qu’il est important de rappeler, c’est que la justice repose sur un équilibre institutionnel. Donc le procureur, représente les intérêts de la société, et exerce l’action publique; Il est la « porte d’entrée » du tribunal. Alors que les juges, sont les garants des libertés individuelles. Il s’agit donc pour nous d’appliquer la loi impartialement lorsque nous tranchons les litiges. Il ne s’agit donc pas d’une hiérarchie de pouvoir mais plutôt d’une complémentarité de fonctions, et chacune d’elles est essentielle pour le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire. Alors, non le procureur n’est pas plus puissant que les juges. Il s’agit d’une perception erronée.
Tout comme vous, il a le droit de mettre sous mandat de dépôt. Qu’en est-il alors du jugement de la personne mise sous mandat de dépôt ?
Pour la remise en liberté d’une personne placée sous mandat, elle doit être jugée par le Juge. Et la décision finale revient au juge de remettre en liberté oui ou non la personne mise sous mandat de dépôt. Le dernier mot revient donc au Juge.
A présent parlons d’un phénomène qui mine notre société : Quel regard portez-vous sur les féminicides?
Je suis profondément choquée par l’augmentation de ces cas. Il y a quelques années, ces situations étaient extrêmement rares. Aujourd’hui, elles deviennent malheureusement plus fréquentes. Je pense que les réseaux sociaux ainsi que l’ouverture du monde ont accentué les féminicides. Dans les années passées, malgré l’accès limité aux réseaux sociaux, il était très rare d’entendre parler de féminicide au Mali.
Ce phénomène doit être considéré comme une alerte sociale majeure qui nécessite une réponse globale : juridique, éducative et sociale.
« Il est temps ( que les femmes) soient mises, en terme de compétences, sur le même pied d’égalité que les hommes »
Alors, faisons-nous face à une perdition de nos mœurs ?
Ah mais totalement. Mis à part même le féminicide, le fait de commettre un meurtre au Mali, était un acte qui se passait très rarement. Les gens étaient énormément choqués, ce n’était vraiment pas anodin d’entendre cela. Mais aujourd’hui, les crimes d’atteinte à la vie, deviennent récurrents au Mali. Cette situation devient vraiment préoccupante et interpelle chacun et chacune de nous. La réponse ne peut pas être uniquement répressive, elle doit être globale et inclure la prévention, voire une lutte globale à tous les niveaux.
Selon vous quelle est la solution pour qu’il y ait moins de VBG, moins de féminicides ?
Il faut une application stricte des lois qui régissent les infractions liées au genre, mais aussi un courage venant de la part des victimes. Souvent à cause de la pression sociale, ces cas ne sont pas dénoncés. S’ils sont dénoncés, la partie plaignante se rétracte avant la fin de la procédure. J’ai eu des cas où, la femme ayant été fortement blessée, presque battue à mort, vient porter plainte, pour ensuite se rétracter, à cause de la pression sociale.
Quel est votre combat personnel ?
Mon combat est celui d’une justice transparente, accessible et équitable pour tous. Je suis particulièrement attachée à la protection des femmes et des enfants, qui sont souvent les plus vulnérables face aux injustices.
Quelles sont vos objectifs, ambitions dans les années à venir incha’Allah ?
Mes ambitions s’inscrivent dans une dynamique de continuité et de transmission. Continuer à servir avec intégrité est une exigence personnelle, contribuer à la formation de la nouvelle génération de magistrats est un devoir institutionnel. Je souhaite également participer aux réflexions sur les réformes nécessaires pour rendre notre système judiciaire plus performant, plus moderne et plus accessible.
Dans 10 ans incha’Allah, ou est-ce que vous vous voyez ?
Dans 10 ans incha’Allah, Qu’Allah SWT nous accorde une longue vie couronnée d’une santé de fer. J’ai pour ambition d’évoluer dans le monde judiciaire, avoir plus de responsabilités, afin d’avoir les moyens pour encore mieux contribuer à un système judiciaire accessible à tous, et pour tous.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes juristes et magistrates qui voient en vous un modèle de prestance et d’intégrité?
Aux jeunes juristes et magistrates, je dirais que le Droit est une discipline exigeante mais noble. La profession de magistrat exige une compétence juridique accrue, une intégrité sans compromis, un sens élevé de l’écoute et de la synthèse, de la rigueur et de la patience. Le succès dans ce domaine dépend non seulement des connaissances académiques, mais aussi des valeurs humaines intrinsèques, du sens de la justice et de la capacité à résister aux pressions sociales.
Madame le Juge, Avez-vous un mentor ?
Oui, mon père (paix à son âme).
Votre père, une figure masculine…pourquoi ?
Oui. Mon papa, son parcours professionnel, son comportement en milieu familial, la façon dont il a éduqué ses enfants, la façon dont il a pris soin de sa famille…j’ai trouvée tout cela exemplaire. Et jusque-là, je n’ai pas encore vu un homme plus attentionné que lui et cela dans tous les domaines. Les valeurs telles que l’intégrité, l’honnêteté, la responsabilité qu’il a su développer avec ses enfants, constituent pour moi une source d’inspiration constante.
Masha’ Allah. Ça veut dire que c’était un homme qui encourageait ses enfants à étudier ?
Exactement. Il était tout pour nous. Il s’est beaucoup battu pour notre éducation. Son accompagnement constant et indéfectible nous a marqué tout au long de notre vie. Et Dieu Merci nous n’avons jamais manqué de rien à la maison. C’est mon mentor, c’est mon leader, c’est mon tout.
Pour finir, Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes maliennes ?
Aux femmes maliennes, je voudrais dire que rien n’est hors de portée lorsque la volonté, la formation et la persévérance sont réunies.
Il est essentiel de croire en son potentiel, d’oser occuper les espaces de décision et de se soutenir mutuellement. Chaque femme qui avance ouvre la voie à d’autres.
SAMAKÉ SARAH CHOUAIDOU TRAORÉ
