COMATEX : UN GÉANT QUI PEINE À SE RELEVER MALGRÉ LES EFFORTS DES AUTORITÉS ?

 COMATEX : UN GÉANT QUI PEINE À SE RELEVER MALGRÉ LES EFFORTS DES AUTORITÉS ?

Symbole historique de l’industrialisation du Mali, la Compagnie Malienne des Textiles (COMATEX) occupe une place à part dans l’imaginaire collectif et l’économie nationale. Implantée à Ségou, au cœur du bassin cotonnier, elle a longtemps incarné l’ambition d’une transformation locale du coton malien et d’une souveraineté industrielle assumée. Pourtant, malgré les multiples initiatives des autorités de la Transition, la COMATEX peine encore à retrouver sa pleine vitalité. Ces dernières années, l’État malien a multiplié les signaux forts en direction de la COMATEX.

La reprise officielle des activités à partir de 2023, après une longue période d’hibernation industrielle, s’est inscrite dans une stratégie plus large de relance du tissu industriel national. L’injection de plusieurs milliards de francs CFA dans un plan de redressement, la reprise du contrôle total de l’entreprise par l’État et les visites régulières de hautes autorités, dont celle du ministre de l’Industrie et du Commerce en février 2026, traduisent une volonté politique manifeste de sauver ce fleuron national.

À travers ces actions, les autorités affichent un double objectif : préserver les emplois dans la région de Ségou et réduire la dépendance du Mali à l’exportation brute du coton, en favorisant sa transformation locale.

Malgré ces efforts, la relance de la COMATEX demeure timide et fragile. La production reste en deçà des capacités installées et l’entreprise peine à s’imposer de nouveau sur le marché, aussi bien national que sous-régional. Les équipements, pour la plupart vétustes, limitent la compétitivité des produits face à une concurrence internationale agressive et technologiquement mieux armée. Les difficultés structurelles accumulées au fil des années (arrêts prolongés, pertes financières, désorganisation interne) ne peuvent être effacées en peu de temps. La relance industrielle exige non seulement des ressources financières, mais aussi une réforme profonde des méthodes de gestion et de gouvernance. Les rapports de contrôle publiés récemment ont mis en lumière des insuffisances notables dans la gestion administrative et financière de la COMATEX : faiblesses dans les procédures d’achat, faible rendement des investissements consentis, irrégularités financières… Autant de facteurs qui freinent l’efficacité des efforts consentis par l’État.

Ces constats soulignent une réalité préoccupante : l’argent public, à lui seul, ne suffit pas à redresser un géant industriel affaibli. Sans une gouvernance rigoureuse, des mécanismes de suivi performants et une responsabilisation accrue des dirigeants, les injections financières risquent de produire des résultats limités.

Au-delà du cas de la COMATEX, c’est toute la question de la renaissance industrielle du Mali qui se joue. La réussite, ou l’échec, de cette entreprise emblématique servira de baromètre pour les autres initiatives de relance industrielle engagées par les autorités. La COMATEX reste un géant endormi, doté d’un potentiel réel, avec une matière première abondante, une main-d’œuvre expérimentée et un fort attachement populaire. Mais pour qu’elle se relève durablement, les efforts politiques doivent impérativement s’accompagner d’une modernisation technologique, d’une discipline de gestion stricte et d’une vision industrielle de long terme. Aujourd’hui, la COMATEX se trouve à la croisée des chemins. Les autorités ont posé des actes forts, suscitant un espoir réel. Mais sur le terrain, les résultats tardent encore à se matérialiser pleinement. Le défi est immense : transformer une volonté politique affirmée en performances industrielles concrètes et durables.

Car si la COMATEX venait à se relever définitivement, ce ne serait pas seulement la victoire d’une entreprise, mais celle d’un Mali industriel qui croit en sa capacité à transformer ses richesses et à créer de la valeur sur son propre sol. ■

MAÏMOUNA DOUMBIA

LE SOIR DE BAMAKO

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