HAUT CONSEIL ISLAMIQUE DU MALI (HCIM) : PENDANT QUE LE BUREAU NATIONAL SE NOIE DANS DES CLIVAGES, CELUI DE KAYES SE RÉINVENTE

 HAUT CONSEIL ISLAMIQUE DU MALI (HCIM) : PENDANT QUE LE BUREAU NATIONAL SE NOIE DANS DES CLIVAGES, CELUI DE KAYES SE RÉINVENTE

Depuis plusieurs mois, le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) traverse une zone de fortes turbulences. Au sommet, le Bureau national peine à parler d’une seule voix. Les divergences internes, les luttes d’influence et les querelles de leadership ont fini par brouiller le message d’une institution pourtant appelée à incarner la sagesse, la modération et l’unité spirituelle.

Cette situation contraste fortement avec ce qui se passe sur le terrain, notamment dans la région de Kayes, où le HCIM régional donne l’exemple. Le 31 janvier 2026, l’Assemblée générale du Bureau régional du Haut Conseil Islamique de Kayes a constitué un moment fort, à la fois symbolique et politique au sens noble du terme. Présidée par le gouverneur de la région, le général de brigade Moussa Soumaré, cette rencontre, consacrée à la présentation du bilan annuel des activités, a permis de mesurer le chemin parcouru par une structure qui a su faire de la sobriété, du travail et de la cohésion ses principaux marqueurs.

Loin des invectives et des calculs personnels qui minent l’image du HCIM au niveau central, le Bureau régional de Kayes a présenté un bilan jugé globalement satisfaisant, mettant en lumière des actions concrètes en faveur de la paix sociale, du vivre-ensemble et de la prévention des conflits communautaires.

Une démarche saluée par les autorités administratives et sécuritaires, mais aussi par les fidèles. Dans son intervention, le gouverneur de la région n’a pas caché sa satisfaction. Il a rappelé avec lucidité que Kayes, à l’instar d’autres régions du pays, n’est pas épargnée par les menaces sécuritaires. La montée de l’activisme terroriste, les attaques ciblées contre des camions-citernes et les perturbations économiques qui en découlent constituent des défis majeurs pour la stabilité locale. Face à ces périls, le général Moussa Soumaré a insisté sur un point fondamental : le rôle irremplaçable des chefs religieux. Dans un contexte où la parole politique est parfois contestée, celle des guides religieux demeure écoutée, respectée et suivie. À Kayes, cette parole n’est ni instrumentalisée ni politisée ; elle est utilisée comme un levier de sensibilisation, d’apaisement et de cohésion sociale. Alors que le Bureau national du HCIM s’enlise dans des clivages internes qui fragilisent son autorité morale et sa crédibilité publique, des bureaux régionaux comme celui de Kayes démontrent qu’une autre voie est possible. Une voie fondée sur le travail collectif, la proximité avec les populations et la collaboration franche avec l’État, sans confusion des rôles. Cette réalité pose une question de fond: le problème du HCIM est-il institutionnel ou simplement lié à la gouvernance de son sommet ? Le gouverneur n’a pas manqué de saluer l’engagement du directeur régional des Affaires religieuses et du Culte, malgré la jeunesse de cette structure, ainsi que celui des encadrants religieux.

Il a également rendu un hommage appuyé aux Forces de défense et de sécurité, dont les sacrifices quotidiens permettent à des initiatives sociales et religieuses de se tenir dans un minimum de sérénité.

Ces remerciements ne relèvent pas du protocole. Ils traduisent une reconnaissance claire du rôle complémentaire que jouent l’administration, les leaders religieux et les forces de sécurité dans la préservation de la stabilité régionale. Au final, l’exemple du Bureau régional du HCIM de Kayes apparaît comme une source d’inspiration pour l’ensemble de l’institution.

Il démontre que le HCIM peut rester pertinent et utile, à condition de se libérer des querelles intestines et de renouer avec sa mission première : servir la paix, renforcer la cohésion sociale et accompagner les populations dans les moments de crise. ■

MAÏMOUNA DOUMBIA

LE SOIR DE BAMAKO

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