FIN DES CONFRONTATIONS DANS LE PROCÈS DE L’AFFAIRE PARAMOUNT ET EMBRAER: LE DÉLIBÉRÉ ATTENDU DEMAIN
Les débats dans le procès de l’affaire Paramount et Embraer du marché des armements ont pris fin à la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier, mercredi 04 février 2026, après la réplique de Me Mountaga Tall, doyen des avocats de la défense et conseil du colonel-major Nouhoum Dabitao, directeur des finances et du matériel au ministère de la Défense et des Anciens combattants au moment des faits.
Le délibéré est attendu demain, vendredi 06 février 2026. L’ancien Premier ministre Boubou Cissé et ses 17 coaccusés seront fixés sur leur sort après plus d’un mois de débats autour des faits de « faux et usage de faux, atteinte aux biens publics, blanchiment de capitaux et complicité », pour un montant de plus de 18 milliards de francs CFA dans l’exécution des contrats « Paramount et Embraer ». Lors de sa réplique, Me Mountaga Tall a commencé par évoquer l’arbitrage dans l’exécution de ces contrats, dont il estime que nul n’a contesté la possibilité ni la légalité. Il a expliqué que l’arbitrage fait partie des activités menées par les avocats, mais qu’il peut prendre des mois, voire des années.
Or, à un moment où des opérations mettaient en danger la vie des hommes engagés sur le terrain, un responsable avisé ne serait-il pas porté à trouver des solutions légales, mais aussi pratiques et surtout protectrices ?
Voilà pourquoi, selon lui, recourir à l’arbitrage aurait été un choix hasardeux, susceptible de conduire à davantage de pertes humaines. Le deuxième point sur lequel il s’est brièvement arrêté concerne la réclamation de 18 milliards de francs CFA par la partie civile. « Dixhuit milliards, c’est beaucoup d’argent pour un pays comme le nôtre, où chaque centime compte. Mais ces 18 milliards sont répartis, selon la partie civile, entre deux volets : 11 milliards au titre de Paramount et 7 milliards au titre d’Embraer. Or, pour aucun de ces points, les réclamations ne me semblent fondées. Concernant le colonel-major Nouhoum Dabitao, il n’est nullement concerné par les 11 milliards liés à Paramount. Quant aux 7 milliards, ils ont été payés 8 ou 9 mois après la fin de ses fonctions. Il n’est donc concerné ni de près ni de loin par ce qui lui est reproché. L’ordre de mouvement qu’il a signé n’a causé aucun préjudice au Trésor public », a déclaré Me Tall. Le troisième point évoqué est l’absence d’auteur principal concernant son client. « Le seul avec qui il a travaillé dans ce dossier pour les paiements, c’est Abdoulaye Idrissa Maïga. S’il est hors de cause, nécessairement et inéluctablement, le colonel Nouhoum Dabitao est hors de cause», a-t-il indiqué, tout en rappelant le parcours impressionnant de cet officier supérieur de l’armée malienne.
Pour Me Tall, le colonel-major Dabitao aurait pu choisir une vie confortable dans le cocon familial, car les ressources existaient. Mais il a préféré la rigueur du Prytanée, qui n’est pas un lieu de vacances.
« Durant sa carrière militaire, il a exercé de nombreuses responsabilités financières, presque dans toutes les régions militaires. À Kayes comme à Gao, il a géré la solde et le budget. Jamais il ne lui a été reproché d’avoir soustrait le moindre centime », a-t-il souligné. Il a également fait savoir à la Chambre criminelle qu’il croit profondément en la justice, même si certains de ses confrères estiment cette foi naïve. « La justice, c’est d’abord l’honneur des gens. Elle peut, par des procédés dérivés, faire perdre beaucoup : l’époux ou l’épouse, la fortune, et surtout l’honneur, qui, après la foi, est la chose la plus précieuse à préserver. Une société ne vaut que par sa justice. Lorsqu’on accumule des mécontentements juridiques en salissant l’honneur des gens sur du faux, le pays finit inéluctablement par s’effondrer », a-t-il mis en garde. Me Tall a enfin rappelé que le pays a besoin de ces chefs militaires et de ces responsables de l’administration financière, notamment dans les écoles militaires et les universités.
« À un moment de leur carrière, ces hommes ont porté l’armée. S’ils avaient collectivement failli, il n’y aurait plus d’armée. Votre serment de magistrat n’est pas une simple prose agréable à entendre, il est lourd de sens. Jugez en âme et conscience et dormez le sommeil du juste. Seul le juste a un sommeil réparateur », a-t-il conclu.
Après cette intervention, la Chambre a donné la parole aux 13 accusés présents pour leurs derniers mots avant le délibéré prévu ce vendredi 6 février 2026. Tous ont déclaré n’être pas coupables des faits qui leur sont reprochés et ont dit placer leur confiance en la justice de leur pays pour laver leur honneur. Chacun a remercié les membres de la Chambre criminelle pour leur calme et leur patience, ainsi que l’ensemble des avocats pour leur professionnalisme et leur engagement à leurs côtés. ■
YOUSSOUF KONATE
