ENERGIE, RAMADAN ET PERSPECTIVE DE LA GRANDE PÉRIODE DE CHALEUR : OÙ EN EST-ON AUJOURD’HUI AVEC PROJET MANANTALI II, CENSÉ METTRE FIN À LA CRISE ÉNERGÉTIQUE AU MALI ?
À quelques jours du Ramadan et à l’approche de la grande période de chaleur, les Maliens se retrouvent prisonniers des délestages. Les repas du soir sont préparés à la lueur de lampes torche, les ventilateurs restent muets et les hôpitaux jonglent avec des groupes électrogènes hors de prix.
La crise énergétique n’est plus une simple gêne, elle est devenue un handicap majeur pour la vie quotidienne et pour l’économie nationale. Le projet Manantali II, censé renforcer le réseau électrique grâce à une nouvelle ligne de haute tension reliant Manantali à Kati, est présenté comme la réponse définitive à cette crise. Les autorités en parlent comme d’un tournant historique, une étape vers la souveraineté énergétique. Mais derrière les discours, la réalité est plus nuancée. Les travaux avancent lentement, plombés par des retards financiers et techniques. Les promesses de réduction des délestages restent, pour l’instant, théoriques.
Le projet, dépendant des conditions hydrologiques, ne peut à lui seul garantir une stabilité énergétique durable. Il faut le dire sans détour.
Manantali II est aujourd’hui davantage une promesse qu’une réalité. Pendant que les citoyens attendent une amélioration tangible, ils continuent de subir les coupures quotidiennes. Les autorités multiplient les annonces, mais les résultats concrets tardent à se matérialiser. Cette lenteur nourrit un sentiment de frustration et d’injustice dans un pays pourtant doté d’un potentiel hydroélectrique et solaire immense. Le Ramadan devrait être un moment de spiritualité et de solidarité. Au Mali, il se transforme trop souvent en épreuve supplémentaire. Les ménages doivent jongler avec les coupures pour préparer le repas du soir. Les commerçants perdent leurs denrées faute de conservation adéquate. Les malades souffrent dans des hôpitaux privés d’électricité stable. À cela s’ajoute la grande période de chaleur, où la demande explose et où le réseau, déjà fragile, s’effondre.
Il est temps de sortir des slogans et des promesses creuses. Le Mali ne peut pas se contenter d’attendre indéfiniment la mise en service de Manantali II.
Ce projet est nécessaire, mais il ne suffira pas. Il doit être accompagné d’une stratégie ambitieuse visant à investir massivement dans le solaire, une ressource abondante et adaptée au climat malien ; diversifier les sources d’énergie pour réduire la dépendance aux aléas hydrologiques ; assurer une gouvernance transparente, afin que les projets ne soient pas engloutis par les retards et les malversations. Manantali II est un symbole, celui d’un Mali qui aspire à sortir de l’obscurité. Mais tant que ce projet restera enlisé dans les lenteurs administratives et les promesses non tenues, il ne sera qu’un mirage.
Les Maliens ont besoin de lumière. Une lumière qui ne viendra que si les autorités transforment enfin les grandes annonces en actes concrets. ■
MAÏMOUNA DOUMBIA
