POUR LA PRÉSERVATION DE LA PAIX SOCIALE AU MALI : UN FRONT DÉDIÉ À LA PAIX APPELLE À LA DISSOLUTION DU HCIM
Dans ce contexte particulièrement sensible, le Front pour la Paix au Mali a lancé un appel des plus radicaux, à savoir la dissolution du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM), qu’il estime incompatible, dans sa forme actuelle, avec la préservation de l’harmonie sociale dans notre pays. Cette sortie du Front pour la Paix au Mali ne passe pas inaperçue, car elle vise une institution religieuse majeure, historiquement installée dans l’espace public et dotée d’une forte capacité d’influence sur une grande partie de la population.
Une demande qui dépasse donc le simple débat religieux pour toucher au cœur même de l’équilibre entre foi, société et État ! Pour le Front pour la Paix au Mali, le HCIM aurait progressivement perdu son rôle fédérateur pour devenir, par certaines de ses prises de position ou par l’attitude de ses responsables, un facteur de tensions, de soupçons et de divisions. Le Front considère que dans une période aussi délicate, aucune institution, quelle que soit sa nature, ne devrait contribuer, directement ou indirectement, à fragiliser le vivre-ensemble. Le débat soulevé met cependant en lumière une question fondamentale : quelle place pour les institutions religieuses dans la gestion de la cité ? Dans un pays où la religion occupe une place centrale dans la vie quotidienne, les leaders religieux sont souvent perçus comme des médiateurs, des guides moraux, parfois même comme des recours face à la faillite de certaines institutions étatiques.
Mais cette influence, lorsqu’elle devient trop visible dans des débats politiques sensibles, peut aussi être perçue comme intrusive ou partiale.
C’est précisément ce glissement que dénonce le Front pour la Paix au Mali. Selon lui, la confusion entre rôle spirituel et posture politique peut alimenter la méfiance, exacerber les clivages et compromettre la neutralité nécessaire à la paix sociale. Au cœur de l’argumentaire du Front se trouve la notion de légitimité. Non pas uniquement juridique, mais surtout morale et sociale. L’organisation estime que le HCIM ne représenterait plus équitablement la diversité des sensibilités religieuses et spirituelles du pays. Cette perception d’exclusivité ou de domination nourrirait, selon ses détracteurs, un sentiment d’exclusion chez certains segments de la société. Pour le Front, maintenir une telle institution sans réforme profonde reviendrait à ignorer les signaux d’alerte envoyés par une société en quête d’apaisement et de justice. Dans un contexte déjà marqué par la polarisation des opinions, chaque parole publique peut devenir une étincelle. Sous cet angle, appeler à la dissolution du HCIM n’est pas un geste anodin. En effet, une telle mesure soulèverait inévitablement des interrogations sur la liberté de religion, le droit d’organisation des communautés confessionnelles et le risque de créer un vide institutionnel difficile à combler.
Car, malgré les critiques, le HCIM a également joué, par le passé, des rôles de médiation, d’appel au calme et de mobilisation pour la paix.
La question n’est donc pas seulement de savoir si le HCIM est perfectible, mais de déterminer si sa disparition renforcerait réellement la paix sociale ou si elle ouvrirait la voie à de nouvelles tensions, plus diffuses et moins contrôlables. Au-delà du cas du Haut Conseil Islamique, l’initiative du Front pour la Paix au Mali révèle un malaise plus large, celui d’une société en transition, en quête de repères, où chaque institution est sommée de justifier son utilité, sa neutralité et son apport réel à la stabilité nationale. L’appel à la dissolution du Haut Conseil Islamique du Mali marque un tournant dans le débat sur le rôle des institutions religieuses dans l’espace public. Qu’on y adhère ou non, il pose la question essentielle de savoir comment concilier foi, influence sociale et neutralité dans un pays en reconstruction ?
La réponse à cette question exige dialogue, lucidité et surtout une priorité claire : préserver la paix sociale sans sacrifier les fondements du vivre-ensemble !■
MAÏMOUNA DOUMBIA
