AFFAIRE ZONE AEROPORTUAIRE : L’ANCIEN CHEF DE SERVICE LOCAL DU GENIE RURAL DE KATI ENFONCE L’ANCIEN SOUS PREFET DE KALABAN CORO : « Je n’ai jamais donné un avis favorable, j’ai mentionné ‘‘zone aéroportuaire’’ sur le plan », dixit Dramane Traoré
Le procès de l’ancien maire du District de Bamako, Adama Sangaré, et de ses coaccusés se poursuit devant la chambre criminelle du Pôle économique et financier pour des faits « d’atteinte aux biens publics, de faux et usage de faux, de détournement frauduleux, de malversations financières et de complicité » dans l’affaire dite de la « Zone aéroportuaire » de Bamako-Sénou.
La phase des confrontations s’est déroulée hier, lundi 19 octobre 2026. Le débat a été très houleux entre l’ancien sous-préfet de Kalaban-Coro, Daha Keita, et l’ancien chef du service local du génie rural de Kati, Dramane Traoré. Les deux personnes se sont accusées mutuellement à la barre.
Il ressort que le sieur Daha Keita approuvait des plans d’application portant sur des superficies de 07 ha 68 a 00 ca, 10 ha 55 a 89 ca et 12 ha 21 a 78 ca, se rapportant aux séries KCB2 (comportant 302 parcelles), SS (comportant 288 parcelles) et SS1 (comportant 187 parcelles), toutes situées dans la zone aéroportuaire de Gouana, ainsi qu’à la série SKS, située à Siracoro Méguétana. Plus tard, il a pris la décision n° 033/AK-CORO du 18 septembre 2019, hors délai, pour annuler ces lotissements. Les mêmes plans étaient signés par Dramane Traoré, chef du service local du génie rural du cercle de Kati, qui y mentionnait « zone aéroportuaire », alors que, légalement, il devait donner un avis favorable ou défavorable.
M. Keita est accusé d’avoir, à Kalaban-Coro, entre 2018 et 2019, en sa qualité de sous-préfet de Kalaban-Coro, porté « atteinte aux biens publics par faux et usage de faux, détournement frauduleux et autres malversations financières », notamment en procédant aux lotissements de la zone aéroportuaire, classée dans le domaine public immobilier de l’État, occasionnant un préjudice financier à l’État du Mali d’un montant provisoire de 483 964 000 F CFA.
Quant à M. Traoré, il est accusé de s’être, à Kati, entre 2018 et 2019, rendu complice du crime d’atteinte aux biens publics reproché à Daha Keita, occasionnant un préjudice financier à l’État du Mali d’un montant provisoire de 483 964 000 F CFA.
Lors des confrontations, l’ancien sous-préfet de Kalaban-Coro a déclaré qu’il avait amené à plusieurs reprises le plan du site incriminé dans le bureau du chef du service du génie rural. Selon ses explications, c’est sur les conseils de M. Traoré qu’il a effectué des modifications en enlevant les « autorisations » de l’urbanisme et du préfet. Il a également soutenu que, puisque le chef du service du génie rural avait apposé sa signature sur le plan de morcellement, cela signifiait que ce dernier avait donné un avis favorable. Sinon, si c’était le contraire, il n’aurait pas fait retourner le plan à la sous-préfecture. D’ailleurs, il a confié avoir remis 14 ordres d’encaissement de parcelles à M. Traoré après le morcellement du site.
L’ancien chef du service local du génie rural de Kati a répliqué en réfutant catégoriquement les déclarations de l’ancien sous-préfet de Kalaban-Coro. « Je n’ai vu le plan qu’une seule fois. Il n’y a pas eu de bordereau et, si c’était le cas, le bordereau aurait dû être adressé au préfet de Kati. Je n’ai jamais donné un avis favorable, j’ai mentionné “zone aéroportuaire” sur le plan », a-t-il déclaré.
Il a également nié avoir reçu des ordres d’encaissement de parcelles de la part de l’ancien sous-préfet, contrairement à ce qui a été avancé au cours des confrontations.
YOUSSOUF KONATE
