MARCHÉ RÉGIONAL DES TITRES PUBLICS : LE MALI MOBILISE 33 MILLIARDS FCFA, MAIS À QUEL PRIX ?
Le Trésor malien a levé 33 milliards de FCFA le mercredi 14 octobre sur le marché régional, dépassant son objectif initial de 30 milliards. Avec plus de 64 milliards de FCFA de soumissions, l’opération témoigne d’une demande soutenue des investisseurs. Mais au-delà de cette performance, le coût de l’endettement et la soutenabilité des finances publiques restent des situations préoccupantes.
Le Mali poursuit sa mobilisation de ressources sur le marché financier régional. À l’issue d’une émission simultanée de bons et d’obligations du Trésor organisée sur le marché des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), le pays a obtenu 33 milliards de FCFA, selon les résultats publiés par UMOA-Titres. Pour 30 milliards recherchés, les investisseurs ont proposé 64,355 milliards de FCFA, soit un taux de couverture de 214,52 %.
Le Trésor a retenu 33 milliards et rejeté 31,355 milliards, correspondant à un taux d’absorption de 51,28 %. Cette différence montre que l’État a pu dépasser son objectif tout en écartant une partie des offres soumises. Dans le détail, les obligations du Trésor à trois ans ont concentré l’essentiel des propositions, avec 45,595 milliards de FCFA, dont 23,29 milliards retenus. Leur rendement moyen s’est établi à 7,78 %, pour un coupon annuel de 6 %.
Les bons du Trésor à 364 jours ont enregistré 16,05 milliards de FCFA de soumissions, dont 7 milliards acceptés, avec un rendement moyen pondéré de 4,67 %. Autre fait notable, les obligations à cinq ans ont attiré 2,71 milliards de FCFA, intégralement retenus, avec un rendement moyen de 7,63 % et un coupon annuel de 6,20 %. Lors de l’adjudication du 30 septembre, cette maturité n’avait enregistré aucune offre. Ce retour constitue un signe d’intérêt à surveiller, sans suffire à conclure à une tendance durable.
Si la mobilisation dépasse les attentes, les conditions financières méritent également attention. Le rendement moyen des obligations à trois ans est passé de 7,74 % lors de l’opération du 30 septembre à 7,78 % le 14 octobre. Cette légère hausse rappelle que l’accès au financement a un prix. Les rendements traduisent notamment les conditions du marché, les besoins de financement des États et la rémunération exigée par les investisseurs. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une mesure directe de la confiance accordée à un pays.
Pour le Mali, l’objectif est de financer ses priorités sans alourdir excessivement la charge des intérêts et des remboursements. À terme, un coût élevé de la dette peut réduire les marges budgétaires disponibles pour les investissements et les services publics. Les offres retenues proviennent principalement d’intermédiaires financiers établis au Burkina Faso, avec 12,31 milliards de FCFA, devant la Côte d’Ivoire, avec environ 9,30 milliards, et le Mali, avec 8,15 milliards.
Ces chiffres indiquent le lieu d’établissement des intermédiaires, et non la nationalité des investisseurs finaux. À fin septembre, le Mali avait mobilisé environ 1 207,35 milliards de FCFA sur le marché régional depuis le début de l’année, adjudications et emprunts syndiqués compris. Avec cette nouvelle opération, le cumul atteint environ 1 240,35 milliards, soit près de 85,5 % du programme annuel de financement fixé à 1 450 milliards de FCFA.
Ces montants sont toutefois bruts, une partie des fonds devant servir à rembourser ou à refinancer des titres arrivant à échéance. Ils ne correspondent donc pas intégralement à de nouvelles ressources disponibles pour les dépenses publiques. En définitive, cette levée confirme la capacité du Mali à mobiliser des financements sur le marché régional.
