PI-SPI AU MALI : LA RÉVOLUTION DES PAIEMENTS INSTANTANÉS EST EN MARCHE
Avec 19 établissements maliens désormais autorisés à ouvrir au public les services de la Plateforme interopérable du système de paiement instantané, le paysage des paiements numériques entre dans une nouvelle phase. Pour les usagers, l’enjeu est de pouvoir transférer et recevoir de l’argent plus facilement, même lorsque l’expéditeur et le bénéficiaire ne fréquentent pas le même établissement.
En publiant, le 30 septembre dernier, la nouvelle liste des participants autorisés à ouvrir au public les services de la Plateforme inter-opérable du système de paiement instantané, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a franchi une nouvelle étape dans le déploiement de PI-SPI. À l’échelle de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), 175 établissements figurent dans le dispositif.
Au Mali, ils sont 19. Derrière cette liste, apparemment technique, se profile pourtant une évolution qui pourrait toucher directement les habitudes de millions d’utilisateurs de services financiers. En effet, jusqu’ici, l’univers des paiements numériques reste largement structuré autour de réseaux et de plateformes dont les utilisateurs ne peuvent pas toujours communiquer facilement entre eux. Un client peut disposer d’un compte bancaire, tandis que son interlocuteur utilise un portefeuille de monnaie électronique.
Dans certaines situations, cette différence de réseau peut encore constituer une contrainte. C’est justement sur cette fragmentation que PI-SPI entend agir.
Le principe est celui de l’interopérabilité : permettre à des utilisateurs relevant de différents établissements participants d’effectuer des transactions entre eux, sans que l’opération soit nécessairement enfermée dans les frontières d’un même réseau. Pour l’usager, la promesse est donc avant tout celle de la simplicité.
À terme, transférer de l’argent à un proche, régler un achat, payer un prestataire ou recevoir un paiement devrait devenir plus fluide, même lorsque les deux parties utilisent des services financiers différents. La nouvelle liste publiée par la BCEAO donne une idée de la diversité des acteurs désormais concernés au Mali. Parmi les établissements recensés figurent notamment AFG Bank, Bank of Africa, Banque Atlantique, Banque Commerciale du Sahel, BCI, BDM, BIM, BMS, BNDA, BSIC, Coris Bank, Ecobank, Orabank et UBA.
À leurs côtés apparaissent également des acteurs de la finance numérique tels que Moov Money, Sama Money, Orange Finances Mobiles Mali, Baobab et Cofina. Cette diversité n’est pas anodine, elle traduit plutôt une volonté de rapprocher plusieurs composantes du système financier : banques, services de monnaie électronique et autres établissements autorisés. Autrement dit, PI-SPI ne concerne pas uniquement les détenteurs de comptes bancaires. Son intérêt réside dans sa capacité à créer des passerelles entre différents usages et différents acteurs.
Pour les Maliens, qu’est-ce qui change concrètement ?
Pour le particulier, le premier changement attendu est la réduction des contraintes liées au choix du réseau. L’objectif n’est plus seulement de pouvoir envoyer de l’argent rapidement, mais de pouvoir le faire vers un bénéficiaire utilisant un autre établissement participant au dispositif. Pour un étudiant qui reçoit de l’argent de sa famille, un salarié qui effectue un transfert, un commerçant qui encaisse une vente ou un particulier qui règle une facture, cette évolution peut paraître très simple. Mais cumulée à grande échelle, elle peut transformer profondément les habitudes de paiement. Le commerçant constitue d’ailleurs l’un des grands bénéficiaires potentiels de cette évolution. Plus les moyens de paiement deviennent interopérables, moins il est nécessaire de multiplier les solutions ou de demander au client de disposer du même service que le vendeur. La transaction numérique peut alors devenir davantage un réflexe qu’une contrainte. L’intérêt de PI-SPI dépasse donc la seule rapidité des transactions.
En effet, en facilitant les échanges entre différents prestataires, l’inter-opérabilité peut contribuer à élargir l’utilisation des services financiers numériques. Elle peut également favoriser une concurrence davantage fondée sur la qualité du service : rapidité d’exécution, disponibilité, sécurité, simplicité d’utilisation et coût des opérations. Il en de même pour les établissements financiers. Dans un environnement où le client peut plus facilement effectuer des opérations avec des utilisateurs d’autres réseaux, la fidélité ne peut plus reposer uniquement sur l’existence d’un réseau fermé.
La qualité de l’expérience proposée devient déterminante. Cette dynamique pourrait, à terme, renforcer la digitalisation des paiements au Mali et contribuer à une plus grande inclusion financière, notamment pour les populations qui utilisent davantage la monnaie électronique que les services bancaires classiques.
Le système financier régional évolue progressivement d’une juxtaposition de réseaux vers un environnement où les différents acteurs peuvent davantage communiquer entre eux.
Pour l’utilisateur, cette évolution pourrait se traduire par une idée simple : ne plus avoir à se demander systématiquement quel réseau utilise la personne à qui l’on veut envoyer de l’argent. Et c’est de là que se trouve la véritable portée de PI-SPI. Derrière un dispositif aux allures très techniques se joue en réalité une bataille beaucoup plus concrète : celle de la simplicité, de la rapidité et de l’accessibilité des paiements.
MAIMOUNA DOUMBIA
