LE PROCUREUR DU PÔLE DE LUTTE CONTRE LA CYBERCRIMINALITÉ LORS DE LA JOURNÉE D’ÉCHANGES AVEC LES MÉDIAS: « NOUS SOMMES DANS UN CADRE DE LIBERTÉ D’EXPRESSION, MAIS LE TOUT S’EXERCE DANS LE RESPECT»

La Haute Autorité de la Communication (HAC) a organisé, hier jeudi 05 Février 2026, une journée d’échanges entre le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité et les professionnels des médias. Cette rencontre, placée sous le signe du dialogue et de la concertation, visait à renforcer la collaboration entre la justice, l’organe de régulation et les acteurs de l’espace médiatique, dans un contexte marqué par l’essor du numérique et les tensions récurrentes autour de la liberté de la presse.
Ouvrant les travaux, le président de la HAC, Monsieur Gaoussou Coulibaly, a souligné l’importance de cette initiative qui, selon lui, ne se limite pas à un simple partage d’idées, mais ambitionne de « trouver ensemble des solutions aux problèmes et difficultés ponctuels des médias ». Il a rappelé que la régulation constitue un pilier démocratique essentiel, permettant de concilier liberté d’expression et responsabilité éditoriale, surtout face à la prolifération des fake news, des discours de haine et des contenus violents sur les réseaux sociaux. « Avec la révolution numérique et l’émergence des médias nouveaux, on a coutume de dire que l’information circule plus vite que la vérité », a déclaré M. Gaoussou Coulibaly, estimant que l’espace médiatique et numérique « ne peut pas être une zone de non-droit». Pour lui, la liberté de la presse, bien que garantie par la Constitution, « n’est pas une liberté absolue » et trouve ses limites dans les délits de presse, appelant ainsi à un journalisme responsable et éthique, particulièrement dans un contexte sécuritaire fragile.
Le président de la HAC est également revenu sur la problématique de la carte de presse, dont la délivrance est à l’arrêt depuis plusieurs mois en raison du non-fonctionnement de la commission compétente. Face à cette situation, M. Gaoussou Coulibaly a évoqué une solution transitoire consistant à confier provisoirement à la HAC la délivrance de ce document, en attendant l’adoption de nouveaux textes. Il a toutefois tenu à rassurer les journalistes: aucune sanction ne sera liée à cette carte tant que le cadre juridique définitif n’aura pas été adopté. Prenant la parole à son tour, le président de la Maison de la Presse, Monsieur Bandiougou Danté, a salué la tenue de cet atelier, qu’il juge « venu à point nommé » dans un secteur en pleine mutation. Il a insisté sur les contradictions persistantes entre certains textes juridiques et la loi spécifique sur la presse, estimant que « le bon sens, l’écoute et la compréhension mutuelle doivent nous permettre d’innover des solutions ».
Dans un contexte tendu, marqué par l’interpellation récente du journaliste Youssouf Sissoko, M. Bandiougou Danté n’a pas caché son inquiétude. « À l’heure où je vous parle, un de nos confrères, Youssouf Sissoko, a été interpellé chez lui, à la suite d’un écrit. Nous pensons et savons que cela est en contradiction avec la loi qui régit la presse », a-t-il affirmé.
Il a egalememt souligné l’absence du président de l’ASSEP, Boubacar Yalkouye, pour la même raison: « ne sachant même pas ce qui s’était passé, le président de la presse m’a dit qu’il ne serait pas là, car Youssouf Sissoko a été interpellé chez lui. J’ai alors appelé le procureur de la Cour de lutte contre la cybercriminalité, qui m’a donné ses explications ». Il a également pointé du doigt la coexistence problématique entre le nouveau code de procédure pénale, la loi sur la cybercriminalité et la loi spécifique sur la presse, qualifiant cette situation de « recul préoccupant». « À un certain moment, on aurait tout bonnement et simplement boycotté cet atelier. Mais cela ne serait pas responsable et ce serait une fuite en avant. Nous allons échanger avec le procureur pour montrer la compréhension qui existe encore dans ce pays en crise », a-t-il ajouté. De son côté, le procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, Monsieur Adama Coulibaly, a insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite entre les différentes institutions.
« Aussi bien la HAC que les faîtières de lutte contre la cybercriminalité travaillent en synergie et ont les mêmes objectifs et ambitions », a-t-il déclaré. Aux yeux de la loi, a expliqué M. Adama Coulibaly, le pôle dispose d’un champ de compétence couvrant plusieurs textes, notamment la loi de 2000 sur la presse, la loi de 2019 sur la cybercriminalité et l’ordonnance de 2013 relative aux données à caractère personnel.
«Nous sommes dans un cadre de liberté d’expression, mais le tout s’exerce dans le respect et dans un cadre législatif », a-t-il rappelé, soulignant l’importance de la sensibilisation et du dialogue avec les journalistes. ■
ABDOURAHMANE TRAORE
