DES CENTAINES DE CONTENEURS MALIENS TOUJOURS BLOQUÉS AU PORT DE DAKAR : LA VÉRITÉ AU-DELÀ DE LA CRISE SÉCURITAIRE
La persistance de centaines de conteneurs maliens en souffrance au Port de Dakar continue de susciter inquiétudes et interrogations au sein du monde économique. Malgré les facilités accordées par les autorités portuaires sénégalaises aux opérateurs maliens, le déblocage effectif des marchandises peine à se concrétiser.
En cause notamment l’interdiction stricte de la circulation des camions hors gabarit sur le territoire malien, mesure certes justifiée sur le plan réglementaire, mais dont les effets collatéraux pèsent lourdement sur la chaîne logistique nationale. Pour un pays enclavé comme le Mali, le corridor Dakar-Bamako demeure une artère vitale. Tout ralentissement sur cet axe stratégique a des répercussions immédiates sur l’approvisionnement du marché, le coût des produits et la trésorerie des opérateurs économiques. Aujourd’hui, les conteneurs immobilisés au port représentent non seulement des marchandises non livrées, mais aussi des pertes financières importantes liées aux délais, à l’immobilisation du capital et aux perturbations de la distribution intérieure. Les mesures de clémence portuaire consenties par le Sénégal, notamment la suspension temporaire de certains frais, ont permis d’éviter une aggravation de la crise, mais elles ne règlent pas le cœur du problème, à savoir l’impossibilité matérielle pour de nombreux transporteurs d’acheminer les conteneurs vers le Mali dans le respect des normes actuellement en vigueur.
L’État malien a fait le choix d’appliquer avec fermeté l’interdiction des camions hors gabarit afin de protéger son réseau routier, améliorer la sécurité et se conformer aux normes communautaires.
Cette décision s’inscrit dans une logique de long terme visant à préserver des infrastructures déjà fragilisées par les surcharges et l’intensité du trafic. Cependant, cette application stricte intervient dans un contexte exceptionnel, marqué par une accumulation de conteneurs déjà débarqués et par une dépendance quasi-totale à des camions qui, dans leur configuration actuelle, ne respectent pas toujours les nouvelles normes. Le résultat est un blocage de fait, où la règle, pourtant légitime, devient un facteur de paralysie économique. Face à cette situation, une interrogation s’impose : pourquoi ne pas envisager une dérogation exceptionnelle et strictement encadrée à l’interdiction des camions hors gabarit, le temps d’évacuer les conteneurs déjà présents au Port de Dakar ? Une telle dérogation ne remettrait pas en cause la politique de fond de l’État, mais permettrait de désengorger le port et de soulager les opérateurs économiques ; de sécuriser l’approvisionnement du marché national ; d’éviter une flambée des prix liée aux pénuries et aux surcoûts logistiques. Bien entendu, cette mesure devrait être limitée dans le temps, assortie de conditions strictes (itinéraires définis, quotas, contrôle renforcé) afin de minimiser l’impact sur les routes et d’éviter tout précédent durable. La gouvernance publique repose aussi sur la capacité à adapter les règles aux réalités du terrain, sans renoncer aux objectifs stratégiques.
En l’occurrence, le défi pour l’État malien consiste à concilier la préservation des infrastructures avec la nécessité de soutenir une économie déjà éprouvée par de multiples contraintes.
Le refus catégorique de toute dérogation peut apparaître comme un signal de fermeté, mais il comporte également le risque d’un coût économique et social plus élevé que celui qu’il cherche à éviter. À l’inverse, une souplesse temporaire, bien maîtrisée, pourrait permettre de tourner la page de cette crise logistique sans affaiblir l’autorité de la norme. La question des conteneurs maliens bloqués à Dakar met en lumière la nécessité d’une approche équilibrée, où la règle ne devient pas un frein au développement économique.
Accorder une dérogation temporaire aux camions hors gabarit, dans un cadre strict et exceptionnel, pourrait constituer une réponse pragmatique à une situation d’urgence, tout en préparant une transition progressive vers un système de transport pleinement conforme aux normes en vigueur. ■
MAÏMOUNA DOUMBIA
