LE GÉNÉRAL OUMAR DIARRA, CHEF D’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DES ARMÉES : « S’ATTAQUER AUX CIVILS, VOLER LEUR BÉTAIL, DÉTRUIRE DES INFRASTRUCTURES PRIVÉES… C’EST LA PREUVE QUE LES DJIHADISTES SONT ACCULÉS ET DÉSESPÉRÉS »

 LE GÉNÉRAL OUMAR DIARRA, CHEF D’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DES ARMÉES : « S’ATTAQUER AUX CIVILS, VOLER LEUR BÉTAIL, DÉTRUIRE DES INFRASTRUCTURES PRIVÉES… C’EST LA PREUVE QUE LES DJIHADISTES SONT ACCULÉS ET DÉSESPÉRÉS »

Le Chef d’État-major Général des Armées du Mali, le Général Oumar Diarra, était l’invité d’une émission télé sur l’ORTM le 25 janvier dernier. Occasion pour lui de dresser le bilan des opérations FAMA dans la lutte contre le terrorisme et la sécurisation du territoire national, des personnes et de leurs biens.

En tant que haut commandant militaire, donc maîtrisant bien son sujet, il a été très ferme et catégorique : « S’attaquer aux civils, voler leurs bétails, détruire des infrastructures privées… C’est bien la preuve que les djihadistes sont acculés et désespérés ! Lorsque le Chef d’État-major Général des Armées affirme que les attaques contre les civils, le vol de bétail et la destruction d’infrastructures privées constituent la preuve que les groupes djihadistes sont « acculés et désespérés », il ne s’agit pas d’une simple formule de communication militaire, c’est aussi une analyse stratégique d’un conflit asymétrique arrivé à un tournant, où les groupes armés, privés de marge de manœuvre opérationnelle, déplacent leur violence vers des cibles non militaires. Dans toute guerre irrégulière, le basculement de la violence vers les civils est rarement un signe de force. Il est, au contraire, le symptôme d’une perte de contrôle territorial, d’un affaiblissement logistique et d’un échec à affronter directement les forces régulières.

Cela est d’autant plus vrai que les groupes djihadistes ont longtemps fondé leur efficacité sur trois piliers : la mobilité ; la capacité à tenir ou influencer des zones rurales ; et l’affrontement direct et indirect avec l’armée à travers embuscades et harcèlement ciblé.

Pour le Général Oumar Diarra, il est évident que les opérations militaires intensifiées des forces armées maliennes ont profondément modifié cet équilibre. La reconquête progressive de certaines zones, la pression constante sur les axes logistiques et la réduction des sanctuaires ont ainsi contraint les groupes djihadistes à abandonner l’affrontement structuré. Dans ce contexte, s’attaquer aux civils devient une stratégie de substitution : on ne combat plus l’armée, on punit la population pour tenter de maintenir un climat de peur et de chaos. Cela est d’autant plus vrai que voler du bétail, incendier des maisons, saboter des infrastructures privées ou communautaires n’apporte aucun gain militaire, c’est plutôt faire preuve de lâcheté. En effet, ces actes ne permettent ni de contrôler un territoire ni de renforcer une capacité de combat. Ils traduisent plutôt une incapacité à tenir le terrain ; une rupture du lien initial, parfois opportuniste, avec certaines communautés ; et un repli vers une violence prédatrice. En ce sens, l’analyse du Général Oumar Diarra est cohérente : la brutalité aveugle est souvent l’arme des acteurs qui n’ont plus de projet militaire viable.

Autrement dit, acculés, les groupes djihadistes cherchent désormais à transformer la peur en substitut de la puissance.

En ciblant les civils, ils espèrent ainsi dissuader toute collaboration avec l’État ; provoquer des déplacements de population ; fragiliser le tissu social ; et créer un sentiment d’abandon vis-àvis des autorités. Sauf que cette stratégie comporte un risque majeur pour eux, en ce sens qu’elle rompt définitivement toute tentative de légitimation idéologique. Ainsi, là où ils prétendaient autrefois incarner une alternative, ils apparaissent désormais comme de simples prédateurs armés. La déclaration du Chef d’État-major ne s’adresse pas uniquement aux groupes armés, elle vise aussi les populations civiles, pour leur signifier que ces violences ne sont pas le signe d’une armée affaiblie mais d’un ennemi aux abois ; l’opinion nationale, afin de déconstruire le narratif de l’invincibilité djihadiste ; et aussi les partenaires régionaux, en montrant que la dynamique sécuritaire évolue. On est donc là en face d’un message de confiance stratégique, mais aussi d’un appel implicite à la résilience des communautés affectées. Toutefois, et là il faut que l’on soit clair : reconnaître que les djihadistes sont acculés ne signifie pas que la menace est neutralisée, l’histoire des conflits asymétriques ayant démontré que les groupes en déclin peuvent devenir plus imprévisibles et plus violents.

La phase actuelle exige donc de nos autorités un renforcement de la protection des civils, une sécurisation durable des zones reconquises, et une réponse économique et sociale aux communautés victimes de pillages et de destructions.

Sans cela, la violence désespérée peut continuer à produire des dégâts humains, même en l’absence de victoire militaire des groupes armés. En affirmant que les attaques contre les civils prouvent que les djihadistes sont acculés et désespérés, le Général Oumar Diarra pose un diagnostic stratégique clair : l’ennemi n’avance plus, il recule en frappant aveuglément. Cette réalité marque un tournant important dans le conflit, mais elle impose aussi une responsabilité accrue à l’État et aux forces armées. Ils doivent en effet user de tous les moyens pour transformer l’avantage militaire en sécurité réelle pour les populations, une vraie victoire ne se mesurant pas seulement à l’affaiblissement de l’ennemi, mais à la capacité de protéger ceux qu’il tente de terroriser !■

MAÏMOUNA DOUMBIA

LE SOIR DE BAMAKO

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