PROCÈS DES ÉQUIPEMENTS MILITAIRES ET DE L’ACHAT DE L’AVION PRÉSIDENTIEL: ENTRE RÉVÉLATIONS, CONTRADICTIONS ET REBONDISSEMENTS : MADANI TOURÉ CHARGE ENTIÈREMENT FILY B.SISSOKO ET SE DÉDOUANE DE TOUTE IMPLICATION

* LE FLOU PERSISTE AUTOUR DE LA SOMME DÉCAISSÉE PAR LA BANQUE ATLANTIQUE À GUO STAR
L’ancien ministre délégué au Budget, Madani Touré, a comparu par visioconférence devant la Cour d’assises de Bamako dans le cadre du procès relatif à l’acquisition de l’avion présidentiel et des équipements militaires.
Il a catégoriquement nié toute implication dans l’exécution de ces deux dossiers. Tout au long de sa comparution, il a mis en cause l’ancienne ministre Bouaré Fily Sissoko, qu’il a désignée comme l’ordonnatrice de tous les paiements liés à l’achat de l’avion présidentiel. L’un des temps forts de la journée a également été la comparution du directeur général de la Banque Atlantique, Mahamane Ismael Maïga, qui a fourni des précisions sur le « flou » entourant les sommes décaissées par la société GUO STAR pour l’achat des équipements militaires. En préambule, l’ancien ministre a expliqué que la question de l’acquisition de l’avion présidentiel avait d’abord été abordée en Conseil des ministres. Par la suite, la ministre de l’Économie, Mme Bouaré, a convoqué une réunion au sein du cabinet pour réfléchir aux modalités de financement.
Cette réunion a décidé que le ministre délégué Moustapha Ben Barka conduirait les négociations avec le constructeur. Après cette réunion, le 12 janvier 2014, Mark Gafazoli, conseiller du président de la République, lui a envoyé un courriel contenant une lettre d’intention.
Il affirme avoir transféré ce courriel à Ben Barka, avec copie à Mme la ministre de l’Économie. « Je n’ai été associé ni de près ni de loin au montage technique et financier. Je n’étais absolument pas informé du paiement des factures. Je suis formel. Quant aux équipements militaires, je n’ai jamais participé à l’élaboration du protocole d’accord », a déclaré l’ancien ministre. Il a également précisé que le coût de l’avion s’élevait à 18 milliards 500 millions de francs CFA, auxquels s’ajoutaient d’autres montants pour les frais d’approche. Concernant le décaissement des 15 milliards de francs CFA par le Trésor pour l’achat de l’avion, M. Touré a indiqué que ce paiement avait été effectué sur la base d’une facture. « Je n’ai aucun élément à ce sujet. Mon département n’a pas été impliqué dans le processus de mobilisation du financement. Hormis la réunion technique préparatoire, aucune autre réunion n’a eu lieu. Je n’ai jamais ordonné au directeur du Trésor de décaisser cette somme. Je n’en avais pas le pouvoir juridique. Je n’ai pas été associé, ni informé, et je n’ai donné aucun ordre. C’est formel : c’est Mme Bouaré Fily Sissoko qui a procédé à tous les paiements. Ils ont été effectués à partir des fonds issus des prêts mobilisés auprès de la BDM.SA. Je ne peux pas ordonner le décaissement d’un montant pour lequel je n’ai pas été associé au montage du dossier », a-t-il affirmé.
Cependant, selon Mme Bouaré, c’est bel et bien M. Madani Touré qui aurait instruit les deux premiers paiements.
Les débats ont principalement porté sur la lettre d’intention envoyée par Mark Gafazoli à Madani Touré par mail, que ce dernier a ensuite transmise à Ben Barka et à la ministre de l’Économie et des Finances. Pour Mme Bouaré, cette lettre est à l’origine de toute l’affaire relative à l’achat de l’avion présidentiel. Dès lors, selon elle, M. Touré ne peut prétendre n’avoir joué aucun rôle dans l’exécution de cette opération. « Quand vous êtes sous serment, il faut dire la vérité. Si vous ne savez pas quelque chose, dites que vous ne savez pas », a-t-elle lancé. « Je confirme que cette lettre nous a été transmise le jour même où nous en avons reçu une copie. Deuxième chose : c’est lui qui nous l’a envoyée. Nous en avons la preuve. Même s’il affirme ne pas avoir été désigné lors de la réunion pour porter ce dossier, je me demande pourquoi M. Gafazoli lui aurait adressé un tel document contenant des éléments aussi essentiels », a-t-elle répliqué, laissant le reste à l’appréciation de la Cour.
Concernant les zones d’ombre entourant les montants décaissés par la Banque Atlantique à la société GUO STAR pour l’acquisition des équipements militaires, le directeur général de la Banque, Mahamane Maïga, a expliqué qu’il existait un écart entre la convention du 18 juillet 2014 et la tarification.
Quel est le montant exact décaissé par la Banque Atlantique en faveur de GUO STAR ? Le DG a d’abord indiqué que le montant global des opérations s’élevait à 39 milliards de francs CFA, avec des frais bancaires de 1 milliard 900 millions. Une somme de 15 milliards a été mobilisée pour les frais d’approche. Les frais bancaires et intérêts, d’un montant de 8 milliards 987 millions 912 mille francs CFA, ont été réglés par GUO STAR. Par la suite, un autre montant de 5 milliards a été décaissé par la Banque Atlantique en faveur de la même société, portant le total à 44 milliards de francs CFA. ■
YOUSSOUF KONATE