EBOLA AUX PORTES DE L’AFRIQUE DE L’OUEST :Les autorités maliennes ont-elles pris la mesure du danger ?
Après la confirmation d’un cas au Nigeria et la multiplication des contaminations liées à l’épidémie partie de la République démocratique du Congo, l’Afrique renforce sa coordination sanitaire. Pour le Mali, pays confronté à de nombreux défis sécuritaires et sanitaires, l’heure est à l’anticipation, à la vigilance et à la préparation d’une riposte efficace.
Le virus Ebola revient au centre des préoccupations sanitaires du continent africain. La confirmation, le 20 octobre, d’un cas importé au Nigeria, après des contaminations enregistrées dans plusieurs pays, constitue un nouveau signal d’alerte. Face à cette évolution, le Directeur Général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), le Dr Jean Kaseya, a convoqué une réunion virtuelle extraordinaire des ministres africains de la Santé pour le 28 octobre, afin de renforcer la riposte collective.
Selon les données disponibles au 20 octobre, l’épidémie a dépassé les 9 500 cas confirmés et fait plus de 4 600 morts en République Démocratique du Congo, tandis que d’autres pays ont également signalé des contaminations. Au Nigeria, les autorités ont identifié 44 contacts de la patiente infectée et engagé leur suivi sanitaire. Dans ce contexte, une question mérite d’être posée avec insistance : qu’attend le Mali pour afficher clairement son niveau de préparation face à cette menace ?
Le Mali n’est certes pas parmi les pays ayant enregistré de nouveaux cas dans les informations disponibles, mais cette situation ne saurait justifier le moindre relâchement. Les déplacements de personnes, les échanges commerciaux et les mouvements transfrontaliers imposent une vigilance permanente.
Aucun pays ne peut considérer ses frontières comme une garantie absolue contre l’importation d’un agent pathogène.
Le Ministère de la Santé et du Développement social, en coordination avec les services de surveillance épidémiologique, doit donc communiquer sans ambiguïté sur les dispositions prises. Les dispositifs de surveillance sont-ils suffisamment opérationnels ? Les structures sanitaires disposent-elles des équipements de protection nécessaires ? Les personnels de santé sont-ils formés à reconnaître rapidement les signes suspects et à appliquer les protocoles d’isolement ? Les laboratoires et les circuits de référence sont-ils en mesure de contribuer à un diagnostic rapide ?
Ces interrogations ne relèvent ni de la polémique ni d’une volonté de dramatiser la situation. Elles traduisent une exigence élémentaire de responsabilité publique. En matière d’épidémie, le silence ne rassure pas nécessairement et l’improvisation peut coûter cher. Une communication préventive, régulière et transparente permet au contraire de préparer les populations et de renforcer la confiance. La prévention doit commencer par une évaluation rigoureuse des risques.
Les services sanitaires aux points d’entrée du territoire, les établissements hospitaliers et les centres de santé doivent être mobilisés selon les recommandations des autorités compétentes. Une attention particulière doit être accordée à la détection des cas suspects, à leur orientation rapide, au suivi des contacts et à la protection des agents de santé. Il ne s’agit pas de transformer les frontières maliennes en espaces de suspicion généralisée, ni de stigmatiser les voyageurs en provenance de pays touchés. Il s’agit plutôt de mettre en place des mesures proportionnées, fondées sur les données épidémiologiques et les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Les autorités doivent également s’assurer que les établissements disposent de procédures claires pour éviter qu’un cas suspect ne soit pris en charge sans les précautions nécessaires. La formation du personnel, la disponibilité des équipements de protection, l’organisation des transferts et la coordination entre les structures sanitaires constituent autant de maillons essentiels.
Dans le même temps, les populations doivent recevoir des informations fiables. Éviter les contacts directs avec les fluides corporels d’une personne malade, ne pas manipuler des animaux sauvages trouvés morts et signaler rapidement toute suspicion aux services de santé sont des précautions importantes. En revanche, les symptômes seuls ne permettent pas de confirmer une infection par Ebola, seul un examen médical approprié peut orienter le diagnostic.
La lutte contre une menace épidémique ne peut reposer sur un seul département ministériel. Elle exige une coordination entre la Santé, l’Administration territoriale, la Sécurité, les services chargés des frontières, les collectivités territoriales et les partenaires sanitaires. Le Gouvernement doit aussi préparer une communication de crise capable de contrer les rumeurs et la désinformation. Dans un contexte où la peur peut se propager aussi vite que les fausses informations, la parole publique doit être crédible, accessible et fondée sur des faits vérifiés.
L’enjeu est également budgétaire, la prévention nécessitant des moyens en équipements, formation, surveillance, capacités de diagnostic et stocks de matériel essentiel. Investir suffisamment en amont permet en effet de réduire les risques humains, sociaux et économiques d’une crise sanitaire majeure.
La réunion extraordinaire annoncée pour le 28 octobre doit être l’occasion pour les pays africains de partager leurs informations et de consolider leur coopération. Le Mali doit y prendre toute sa place, tout en évaluant ses propres besoins et en adaptant ses mesures à l’évolution de la situation. Les autorités maliennes ont-elles déjà procédé à une évaluation actualisée de leur dispositif de préparation ? Des consignes ont-elles été transmises aux structures sanitaires ? Les moyens nécessaires à une éventuelle intervention rapide sont-ils disponibles ?
Autant de questions qui méritent des réponses concrètes, car face à Ebola, la meilleure riposte reste celle qui se prépare avant l’apparition du premier cas. Le Mali doit donc privilégier l’anticipation, la transparence et la mobilisation des moyens nécessaires. Et pour cause : en matière de santé publique, attendre que le danger soit visible pour agir, c’est prendre le risque de réagir trop tard !
MAÏMOUNA DOUMBIA
