TOUT EN RÉITÉRANT «SA MAIN TENDUE» ENVERS LES AUTORITÉS MALIENNES, LE PRÉSIDENT TEBBOUNE : « LA RUPTURE EST VENUE D’EUX, ET NON DE NOUS »

 TOUT EN RÉITÉRANT «SA MAIN TENDUE» ENVERS LES AUTORITÉS MALIENNES, LE PRÉSIDENT TEBBOUNE : « LA RUPTURE EST VENUE D’EUX, ET NON DE NOUS »

Les relations entre le Mali et l’Algérie traversent l’une de leurs zones de turbulences les plus sensibles depuis plusieurs années. Les récentes déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune viennent éclairer, sans toutefois dissiper, les lignes de fracture qui se sont progressivement installées entre Bamako et Alger.

En affirmant que « la rupture est venue d’eux et non de nous », le chef de l’État algérien renvoie la responsabilité de la dégradation des relations au Mali, tout en se positionnant comme un acteur attaché à une certaine continuité historique et régionale. Au cœur de la discorde figure le rejet, par les autorités maliennes, de la médiation algérienne, longtemps considérée comme un pilier de la gestion des crises au nord du Mali. Pour Alger, ce refus est interprété comme une remise en cause de son rôle traditionnel de facilitateur, notamment dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Pour Bamako, en revanche, cette médiation est perçue, dans le contexte actuel de souveraineté affirmée, comme une ingérence dans les affaires internes du pays. Le Président Tebboune reconnaît d’ailleurs explicitement ce droit de choix : « ils sont libres ». Une formule qui se veut apaisante en apparence, mais qui masque difficilement une profonde déception stratégique de l’Algérie, désormais tenue à distance d’un dossier qu’elle considère comme vital pour sa propre sécurité.

La partie la plus lourde de sens du propos présidentiel algérien réside sans doute dans cette mise en garde : « Qu’ils ne se laissent pas séduire par ceux qui les approvisionnent en armes, les utilisent contre nous et, en échange, prennent leurs richesses. »

Derrière cette phrase, Alger exprime clairement ses inquiétudes face au repositionnement géopolitique du Mali, marqué par le rapprochement avec de nouveaux partenaires sécuritaires, avec la Russie en première ligne. Cette déclaration traduit une double crainte. D’une part, celle de voir le Mali devenir le terrain d’affrontements indirects entre puissances aux intérêts divergents dans le Sahel. D’autre part, la peur que ces nouvelles alliances, fondées sur des logiques de court terme, fragilisent durablement la stabilité régionale et compromettent les équilibres historiques entre pays voisins. En rappelant qu’« entre eux et nous, il y a un passé commun », le Président Tebboune invoque une mémoire partagée faite de luttes anticoloniales, de solidarités régionales et de coopération sécuritaire. Ce rappel n’est pas anodin : il vise à réinscrire le différend actuel dans une histoire longue, suggérant que les désaccords conjoncturels ne devraient pas effacer des décennies de relations fraternelles.

Cependant, ce passé commun peut être interprété différemment à Bamako, où une partie de l’opinion estime que certaines postures régionales n’ont pas toujours servi les intérêts fondamentaux du Mali.

Dès lors, la référence à l’histoire, si elle se veut rassembleuse côté algérien, peut aussi être perçue comme une tentative de pression morale ou de fuite en avant par Bamako. Le différend Mali–Algérie ne se résume ni à une simple querelle diplomatique ni à un malentendu passager. Il reflète une recomposition plus large des rapports de force au Sahel, où les États cherchent à redéfinir leurs partenariats, leurs marges de manœuvre et leur souveraineté stratégique. Les propos du Président Tebboune, chargés de sous-entendus, laissent néanmoins une porte entrouverte au dialogue, à condition que celuici repose sur le respect mutuel et la reconnaissance des choix souverains de chaque État.

Reste à savoir si Bamako et Alger sauront cependant dépasser la méfiance actuelle pour reconstruire une relation fondée non seulement sur le passé commun, mais aussi sur une vision partagée de l’avenir régional. ■

MAÏMOUNA DOUMBIA

LE SOIR DE BAMAKO

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