AFFAIRE PARAMOUNT: ME MAMADOU BOBO DIALLO LORS DE LA CLÔTURE DES PLAIDOIRIES: « LE DÉTOURNEMENT DES 11 MILLIARDS DE FCFA N’A JAMAIS EXISTÉ…C’ÉTAIT UN PUR MONTAGE »

 AFFAIRE PARAMOUNT: ME MAMADOU BOBO DIALLO LORS DE LA CLÔTURE DES PLAIDOIRIES: « LE DÉTOURNEMENT DES 11 MILLIARDS DE FCFA N’A JAMAIS EXISTÉ…C’ÉTAIT UN PUR MONTAGE »

Les plaidoiries des avocats de la défense dans le procès du marché d’armement, dit affaire Paramount et Embraer, ont pris fin hier, lundi 02 février 2026, à la chambre criminelle du pôle économique et financier, avec l’intervention de Me Mamadou Bobo Diallo, conseil du général Moustapha Drabo, directeur des matériels, des hydrocarbures et des transports des armées au moment des faits.

À l’entame de sa plaidoirie, Me Mamadou Bobo Diallo a fait comprendre aux magistrats de la Chambre criminelle que, selon lui, la justice malienne va mal. « Notre justice a peur de sa pudeur. Qu’est-ce qui coûte à notre justice d’orienter les politiques, de les informer de leurs erreurs ? Mais non, on est content, on est heureux, on jubile parce qu’on a des anciens ministres à interroger. On a des anciens officiers généraux à faire comparaître. On les interroge », a-t-il déclaré. Il a rappelé que les magistrats sont protégés contre les menaces et attaques de quelque nature que ce soit dans l’exercice de leurs fonctions. Ils sont protégés par la loi et aucune pression, quelle qu’en soit la nature, ne peut leur être adressée. L’indépendance de la magistrature est indispensable à l’exercice d’une justice impartiale. Le magistrat doit respecter cette indépendance et favoriser l’application des mesures et garanties visant à la préserver.

« Ce que nous avons en partage, c’est cette indépendance d’esprit, qui ne peut être conçue que lorsqu’on est en face d’une situation où les pressions politiques et les ingérences existent. Marquez votre indépendance. N’ayez peur de personne. Juger un semblable est une épreuve. C’est la raison pour laquelle, au début, je disais que je vous plains, parce que je ne voulais pas être à votre place pour juger le Delta Center du Mali, Tiéna Coulibaly, pour juger le golden boy des années 80, Mahamane Touré. Ce sont des éminences, ce sont de hautes personnalités. Le pays a besoin de cette mémoire qu’on ne trimbale pas facilement devant la justice pour des faits mineurs, qui n’auraient jamais dû exister », a-t-il lancé. Parlant de son client, le général Moustapha Drabo, accusé de complicité, Me Diallo a fait savoir que ce dernier est innocent et a demandé son acquittement. « Lorsqu’il a été inculpé, je suis allé le voir à la Clinique Golden. La première phrase qu’il m’a dite a été : “Je n’ai pas volé l’argent de l’État. Monsieur le juge, ne me mettez pas en prison, je n’ai pas voulu de l’argent de l’État. Je ne peux pas voler l’argent de l’État.” Et c’est cet homme que l’on accuse aujourd’hui d’avoir pris part, comme complice, à un détournement de 11 milliards. Vous savez, on a tout fait pour abattre ce monsieur », a-t-il confié.

L’avocat a expliqué que la loi d’orientation et de programmation militaire a été adossée à un budget de 1 238 milliards de FCFA.

Cette loi, chiffrée à ce montant, a fait l’objet de 259 contrats pour la période 2015-2019. Pour ces 259 contrats, 72 sociétés ont été bénéficiaires de l’exécution de la loi d’orientation et de programmation militaire. Selon lui, la LOPM a, à elle seule, concerné 142 contrats, dont le contrat Paramount. « Sur 142 contrats, curieusement, c’est le seul contrat qui est tiré au sort. Et plus curieusement encore, cela concerne une quinzaine d’officiers supérieurs, les anciens ministres de la Défense, un ancien Premier ministre et un ancien ministre de l’Économie et des Finances», a précisé Me Diallo. Il a souligné qu’il n’y a pas eu de détournement de 11 milliards de FCFA. Il s’est interrogé sur la manière et les raisons pour lesquelles la partie civile se rétracte, alors que, lors de son audition du 13 mars 2023, le contentieux de l’État avait affirmé que, sur les 11 milliards incriminés, 8 milliards avaient été justifiés. Pourtant, a-t-il relevé, cette même partie civile soutient aujourd’hui à la barre que le préjudice s’élève toujours à 11 milliards.

« Si la partie civile est incapable de se rétracter, il y a une mauvaise foi. Il y a une intention manifeste de nuire à la probité de ces personnes. Et il a dit ici, quand je lui ai posé la question, que le détournement des 11 milliards n’a jamais existé. C’était un pur montage, un pur mensonge. L’avenant a sauvé le contrat initial, il a sauvé l’image du Mali », a soutenu l’avocat.

Il a également affirmé que ces officiers supérieurs et anciens ministres, accusés de « faux et usage de faux, atteinte aux biens publics et complicité », sont des personnes issues de bonnes familles et ne peuvent porter atteinte aux biens publics. Enfin, Me Mamadou Bobo Diallo a rappelé aux membres de la Chambre et au parquet qu’il existe une vie après le palais de justice. « Pensez à votre vie après le palais de justice et acquittez ces honorables personnalités», a-t-il lancé. C’est sur cette phrase que l’avocat du général Moustapha Drabo a conclu sa plaidoirie.

Après les plaidoiries des avocats, la partie civile a demandé la suspension de l’audience afin de préparer sa réplique, une requête accordée par les membres de la Chambre criminelle. La réplique de la partie civile et du ministère public est attendue ce mardi matin à la Cour d’appel de Bamako. ■

 YOUSSOUF KONATE

LE SOIR DE BAMAKO

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