COOPÉRATION ET PARTENARIAT STRATÉGIQUE AVEC L’ALGÉRIE : PENDANT QUE BAMAKO SNOBE ALGER, TIANI Y FAIT DE BONNES AFFAIRES
Le 26 janvier dernier, les autorités nigériennes ont accueilli à Niamey une importante délégation ministérielle algérienne.
Une visite à forte portée politique, diplomatique et stratégique, qui tranche nettement avec la froideur, voire la distance assumée, observée ces derniers mois entre Bamako et Alger. Pendant que le Mali semble entretenir une relation en pointillés avec son puissant voisin du nord, le Niger du général Abdourahamane Tiani fait, lui, le choix du pragmatisme et de l’intérêt national. Cette rencontre de haut niveau s’inscrit dans une dynamique de renforcement de la coopération bilatérale entre l’Algérie et le Niger, notamment dans les domaines de la sécurité, de l’énergie, du commerce, des infrastructures et de la lutte contre le terrorisme. Autant de secteurs vitaux pour un pays sahélien confronté, comme ses voisins, à de multiples défis sécuritaires et économiques.
À Niamey, le message est clair : malgré les bouleversements politiques, le Niger entend rester un acteur rationnel, ouvert aux partenariats utiles et respectueux de sa souveraineté.
L’Algérie, pour sa part, joue une carte qu’elle maîtrise parfaitement : celle du voisin influent, stable, doté d’une longue expérience en matière de médiation régionale, de coopération sécuritaire et de soutien logistique. En se rapprochant de Niamey, Alger consolide sa présence stratégique au Sahel central, tout en se positionnant comme un partenaire crédible, loin des postures idéologiques ou des ruptures diplomatiques spectaculaires. Le contraste avec la posture malienne est saisissant. Depuis plusieurs mois, les relations entre Bamako et Alger sont marquées par une méfiance latente, nourrie par des divergences profondes autour de la gestion de la crise du Nord, du rôle d’Alger dans les accords de paix et, plus largement, de la vision de la souveraineté et des alliances régionales. En choisissant de « snober» Alger, volontairement ou par calcul politique, les autorités maliennes semblent privilégier une logique de rupture là où d’autres optent pour l’ajustement et le dialogue. Or, dans un contexte régional aussi volatil, l’isolement diplomatique comporte des risques réels. Le Niger, sous la houlette du général Tiani, semble l’avoir compris.
En accueillant chaleureusement la délégation algérienne, Niamey envoie un signal fort: celui d’un État qui, malgré les sanctions, les pressions et les incertitudes, refuse de se priver de partenariats stratégiques susceptibles de renforcer sa sécurité et de relancer son économie.
Il ne s’agit pas ici d’idéaliser la relation algéro-nigérienne ni de minimiser les choix souverains du Mali. Mais le réalisme impose de constater que, sur ce dossier précis, Tiani fait des « bonnes affaires » diplomatiques pendant que Bamako s’enferme dans une posture de défiance dont les bénéfices restent, à ce stade, difficiles à mesurer. Au Sahel, plus que jamais, la diplomatie n’est pas une affaire d’ego ou de symboles, mais une question d’intérêts bien compris.
Et sur ce terrain-là, le Niger semble avoir pris une longueur d’avance ! ■
MAÏMOUNA DOUMBIA
