MOUVEMENTS NON CONTRÔLÉS DES ÉLÈVES APRÈS LES ORIENTATIONS : UN CASSE-TÊTE POUR LES PROMOTEURS D’ÉCOLES PRIVÉES QUI INTERPELLENT L’ÉTAT
Chaque année, à l’issue du Diplôme d’Études Fondamentales (DEF), l’État malien procède à l’orientation des élèves vers les établissements d’enseignement secondaire, publics comme privés. En théorie, ce mécanisme vise à assurer une répartition équilibrée des effectifs, à désengorger les lycées publics et à offrir aux élèves une continuité pédagogique encadrée.
Mais dans la pratique, le système montre aujourd’hui de sérieuses limites, dont les premières victimes sont les promoteurs d’écoles privées. Le problème est désormais bien connu : après avoir été officiellement orientés par l’État vers des établissements privés, de nombreux élèves se permettent, quelques semaines ou quelques mois plus tard, de migrer librement vers d’autres écoles, souvent sans justification pédagogique, sociale ou administrative clairement établie. Cette mobilité anarchique, tolérée sinon encouragée par le laxisme du système, a des conséquences économiques lourdes pour les promoteurs concernés. En début d’année scolaire, certains établissements privés se retrouvent avec des centaines d’élèves orientés vers leurs écoles.
Sur cette base, les promoteurs engagent d’importants investissements: achat de fournitures scolaires, recrutement d’enseignants, paiement de loyers, équipements pédagogiques, charges administratives diverses. Tout est planifié en fonction des effectifs officiellement affectés par l’État.
Or, un à deux mois plus tard, le constat est souvent amer : les effectifs fondent comme neige au soleil, parfois jusqu’à moins de vingt, voire une dizaine d’élèves. Cette situation génère des pertes financières considérables. Les dépenses engagées ne peuvent être récupérées, les enseignants recrutés deviennent difficiles à maintenir, et la viabilité même de certaines écoles est menacée. Pour des promoteurs qui investissent leurs économies, parfois au prix d’emprunts bancaires ou de sacrifices personnels, cette instabilité imposée est tout simplement insoutenable. Il est important de souligner que ces migrations d’élèves ne répondent pas toujours à des contraintes objectives telles que l’éloignement géographique, l’insécurité ou des difficultés financières avérées. Bien souvent, il s’agit de choix opportunistes, de rumeurs, de comparaisons tardives ou de simples préférences personnelles, dans un cadre où aucune règle stricte ne vient protéger les établissements légalement engagés dans le processus d’orientation étatique. Face à cette réalité, les promoteurs d’écoles privées interpellent légitimement l’État. Ils demandent non pas la restriction du droit à l’éducation ou à la mobilité scolaire, mais l’instauration de règles claires, équitables et contraignantes. Une orientation officielle doit avoir une valeur administrative réelle. À défaut, le système perd toute crédibilité et transforme les écoles privées en variables d’ajustement d’un dispositif mal régulé.
L’État, en tant qu’organisateur et garant du système éducatif, ne peut se décharger de sa responsabilité. Il est impératif de mettre en place des mécanismes de suivi des élèves orientés, de limiter les changements d’établissement non justifiés, et éventuellement de prévoir des compensations ou des mesures d’accompagnement pour les promoteurs lésés.
Sans cela, c’est tout le partenariat public-privé dans le secteur de l’éducation qui risque de s’effondrer. À terme, ce déséquilibre menace la qualité de l’enseignement, l’emploi des enseignants et la capacité du privé à soutenir l’effort national d’éducation. Un paradoxe inquiétant dans un pays où l’école privée joue un rôle crucial dans l’absorption des effectifs et la survie du système éducatif. Il est donc temps que l’État prenne la pleine mesure de cette problématique.
Protéger les promoteurs d’écoles privées, c’est aussi protéger l’école malienne, la stabilité du système éducatif et l’avenir des élèves eux-mêmes ! ■
MAÏMOUNA DOUMBIA
