VERS L’ÉPILOGUE DU PROCÈS DE L’AFFAIRE PARAMOUNT ET EMBRAER : LE PARQUET REQUIERT LA RÉCLUSION CRIMINELLE À PERPÉTUITÉ CONTRE BOUBOU CISSÉ, TIÉMAN HUBERT COULIBALY ET BABALI BAH, ET DIX ANS DE RÉCLUSION CRIMINELLE CONTRE TREIZE ACCUSÉS À LA BARRE
Le procès de l’affaire Paramount et Embraer, portant sur l’acquisition d’armements militaires par le Mali, a franchi une étape décisive hier, lundi 26 janvier 2026, devant la chambre criminelle du pôle économique et financier. Le représentant du contentieux de l’État a soutenu que l’État malien aurait perdu 11 milliards de francs CFA dans le contrat Paramount et 7,477 milliards dans le contrat Embraer.
Lors de son réquisitoire, le parquet a requis la prison à perpétuité contre Boubou Cissé, Tiéman Hubert Coulibaly et Babali Bah, actuellement en fuite à l’étranger, ainsi que 10 ans de réclusion criminelle contre l’ancien ministre Tiéna Coulibaly et ses 12 coaccusés présents au procès. Ces personnes sont poursuivies pour « faux et usage de faux, corruption, atteinte aux biens publics, blanchiment de capitaux et complicité » dans le cadre des deux contrats de fourniture d’équipements militaires aux Forces armées maliennes, signés entre l’État du Mali et les sociétés sud-africaine Paramount et brésilienne Embraer. Ces contrats portaient sur l’acquisition de trente-six (36) blindés et six (6) avions de chasse Super Tucano. L’affaire Paramount et Embraer est rapidement devenue le symbole de la volonté de moralisation de la vie publique et de la gestion des ressources de la défense nationale.
En demandant des peines maximales pour les absents, le procureur du Pôle économique et financier, Mohamedine Ag Houssa, envoie un signal fort sur l’intransigeance de la justice malienne face aux crimes économiques.
Dans son intervention, le représentant du contentieux de l’État, Issa Aliou Maïga, a indiqué que l’avenant signé n’avait pas été soumis à la division chargée des services publics avant sa signature. Selon lui, « la division n’a pas été écartée, c’est la société Paramount seule qui a rédigé le contrat ». Il a également souligné qu’aucune commission de réception n’était en place. « Sans PV de réception dûment signé par tous les membres de la Commission, on ne peut pas payer. On a mis les charrues devant les bœufs. La loi est là, et on aurait dû s’assurer que les cadres juridiques protègent l’État du Mali et le contrat. Ça n’a pas été fait », a déclaré M. Maïga. Il a affirmé que les faits étaient établis et que les débats au cours de l’audience l’avaient démontré. « Donc, il faut maintenir les accusés dans le lien de l’accusation. Nous soutenons que l’État du Mali a perdu 11 milliards dans le contrat Paramount et un montant de 7,477 milliards dans le contrat Embraer. Nous réclamons ces montants », a insisté le représentant du contentieux.

Quant au ministère public, il a ouvert son réquisitoire en se référant au rapport de la présidence, qui a déclenché le procès. Le procureur a rappelé qu’au terme de l’article 895 du Code de procédure pénale, il est saisi pour toute forme de dénonciation, qu’il s’agisse d’un rapport, d’un procès-verbal, d’une plainte, d’une dénonciation anonyme, voire même par voie de presse. « Il faut que tout le monde comprenne qu’il ne s’agit pas de juger un rapport. Ce sont les faits qui sont jugés. Ce n’est pas un rapport, encore moins celui qui l’a établi. Peu importe. La loi dit dénonciation des faits. En matière pénale, ce sont les faits qui sont l’objet du jugement », a-t-il précisé. Concernant l’ancien ministre de l’Économie, Boubou Cissé, et ses coaccusés en fuite à l’étranger, notamment Tiéman Hubert Coulibaly, Mamadou Igor Diarra et Mamadou Lamine Diakité, le parquet a souligné qu’ils se soustraient volontairement à la justice de leur pays. Pour ces derniers, le ministère public requiert « l’application la plus rigoureuse de la loi », en les maintenant chacun, comme spécifié dans l’arrêt d’envoi, dans le lien de l’accusation établi à leur égard et en les condamnant à la « réclusion criminelle à perpétuité chacun ».
S’agissant des accusés présents à l’audience, le ministère public a indiqué que chacun a choisi de nier systématiquement les faits.
Toutefois, il a demandé à la Chambre criminelle de les maintenir dans les liens de l’accusation, soulignant l’importance de ce procès à un moment où le pays est en train d’acquérir du matériel impressionnant pour les néophytes. « Tout a été fait ensemble, tout est coordonné », a-t-il lancé. Concernant les peines, le parquet a expliqué que les auteurs et complices des faits doivent être sanctionnés de la même manière. C’est pourquoi le ministère public a requis 10 ans de réclusion criminelle à l’égard de tous les accusés présents à la barre, à savoir l’ancien ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Tiéna Coulibaly, et ses 12 coaccusés. Les plaidoiries de la défense sont désormais attendues avec impatience avant le verdict final. Après le réquisitoire du ministère public, les avocats de la défense, représentés par Me Mountaga Tall, ont demandé une suspension de 48 heures pour préparer leurs plaidoiries. L’audience reprendra le jeudi 29 janvier 2026 à la Cour d’Appel de Bamako. Ce procès, dit affaire Paramount et Embraer, marquera sans doute un tournant historique dans l’histoire judiciaire du Mali et dans la gestion des futurs marchés d’armement.■
YOUSSOUF KONATE
