ENTRÉES AUX ÉTATS-UNIS : DONALD TRUMP IMPOSE DES RESTRICTIONS COMPLÈTES À L’ENCONTRE DE PLUSIEURS PAYS DONT LE MALI
Dans le cadre du renforcement de la sécurité nationale américaine, le Président des États-Unis, Donald J. Trump a imposé des restrictions complètes d’entrée aux ressortissants de plusieurs pays jugés à haut risque, parmi lesquels figurent le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
Cette décision, selon l’Administration Trump, s’inscrit dans une approche fondée sur l’évaluation des risques sécuritaires, des capacités de contrôle étatique et de la coopération internationale en matière migratoire et de lutte contre le terrorisme. Les trois pays sahéliens concernés sont confrontés à une instabilité sécuritaire persistante, marquée par la présence active de groupes armés terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Selon les autorités américaines, ces groupes opèrent librement dans certaines zones, profitant de la faiblesse du contrôle territorial, ce qui complique considérablement les mécanismes de vérification de l’identité et des antécédents des ressortissants souhaitant voyager à l’étranger.
Au Mali, les affrontements entre les forces gouvernementales, les groupes armés et les organisations terroristes demeurent fréquents dans plusieurs régions, notamment au centre et au nord du pays. Cette situation limite la capacité de l’État à assurer un suivi administratif fiable de sa population. Au Niger, les services américains soulignent la menace constante d’enlèvements et d’attaques terroristes sur l’ensemble du territoire, révélant un environnement sécuritaire instable susceptible de favoriser les déplacements non contrôlés.
Au Burkina Faso, les autorités américaines relèvent une intensification des activités terroristes sur une grande partie du territoire national, avec un impact direct sur les capacités de l’administration à produire et vérifier des documents civils fiables. L’un des arguments centraux avancés par Washington concerne les insuffisances structurelles des systèmes d’état civil et de gestion de l’identité dans ces trois pays. La corruption, la fragilité des institutions, l’inexistence ou la faiblesse des registres de naissance et l’accès limité aux bases de données judiciaires constituent, selon les autorités américaines, des obstacles majeurs à un contrôle efficace des voyageurs. Ces failles administratives empêchent les autorités américaines d’évaluer avec certitude les risques potentiels liés à l’entrée de certains ressortissants, notamment en matière de sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme. Pour le Burkina Faso et le Niger, l’Administration Trump met également en avant des taux élevés de dépassement de séjour pour certaines catégories de visas, renforçant les préoccupations américaines quant au respect des lois migratoires. Le Burkina Faso est en outre accusé d’avoir, par le passé, refusé de reprendre certains de ses ressortissants faisant l’objet de mesures d’expulsion, une situation considérée par Washington comme une entrave directe à l’application de sa politique migratoire.
Les autorités américaines insistent sur le fait que ces restrictions ne constituent ni une sanction diplomatique ni une mesure punitive à l’encontre des populations concernées. La mesure prévoit d’ailleurs des exceptions pour les résidents permanents légaux, les détenteurs de visas valides, les diplomates, certains profils professionnels et les personnes dont l’entrée aux États-Unis répond à un intérêt national avéré.
Les restrictions sont présentées comme réversibles, conditionnées à l’amélioration de la coopération avec les États-Unis, au renforcement des systèmes d’identification et à des progrès mesurables en matière de sécurité et de gouvernance. Pour le Mali, le Niger et le Burkina Faso, cette décision souligne les défis structurels auxquels les États sahéliens restent confrontés, notamment en matière de sécurité, de gouvernance et d’intégration internationale. Elle pourrait également avoir des conséquences sur la mobilité académique, professionnelle et diplomatique, tout en renforçant la nécessité pour ces pays d’investir dans des systèmes administratifs fiables et reconnus à l’échelle internationale. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso figurent parmi les pays les moins avancés au monde, selon les Nations Unies, et occupent les dernières places du classement mondial de l’Indice de Développement Humain (IDH). Or, dans ces pays, l’éducation constitue l’un des rares leviers durables de transformation sociale, économique et humaine, cependant que les restrictions actuelles affectent directement l’accès à l’enseignement supérieur international. Les nouveaux visas étudiants F-1 sont en effet fortement limités, empêchant de nombreux jeunes, pourtant admis dans des universités américaines, de poursuivre leur formation. Bien que les étudiants déjà titulaires d’un visa valide puissent, en principe, entrer aux États-Unis, des milliers d’autres voient ainsi leur avenir académique suspendu.
Ces étudiants, qui ne sont ni responsables des crises politiques ni des choix diplomatiques de leurs gouvernements, deviennent les victimes collatérales de ces mesures américaines.
Pour les enseignants, restreindre leur accès à l’éducation internationale revient à affaiblir davantage des pays déjà fragilisés et à compromettre des trajectoires individuelles porteuses d’espoir. Selon eux, l’éducation ne doit pas être une variable d’ajustement des tensions politiques, elle doit plutôt rester un pont entre les peuples, un espace de dialogue, de formation et de construction d’un avenir commun. Cela est d’autant plus vrai qu’investir dans la mobilité académique, c’est investir dans la stabilité, la paix et le développement durable.
Retrouvez dans nos éditions de demain, une analyse géopolitique de ces restrictions américaines à l’égard des pays du Sahel, notamment du Mali, du Niger et du Burkina Faso. ■
MAÏMOUNA DOUMBIA
