L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE DANS LA TOURMENTE : UNE PREMIÈRE VAGUE D’ENSEIGNANTS LICENCIÉS FIN JUILLET ET UNE DEUXIÈME VAGUE FIN AOÛT

Face à l’arrêt des subventions de l’Etat aux écoles catholiques, une situation de précarité sans précédent s’est installée chez les enseignants relevant de différents diocèses de l’église catholique du Mali. Et au-delà du cas très problématique des enseignants, c’est l’enseignement privé catholique même qui est menacé au Mali.
Entre arriérés et retards d e p a i e m e n t d e s salaires, une première vague de personnel du système catholique va être licenciée en fin de ce mois, tandis que les autres devraient à leur tour dire adieu à leur travail fin août, la Conférence Episcopale du Mali n’étant plus en mesure de faire face aux charges y afférentes ! Rappelons que sur la base d’un protocole signé il y a quelques mois avec la Conférence Episcopale du Mali, le gouvernement du Mali a décidé de mettre fin à la subvention qu’il accordait à cette dernière pour l’aider à faire face aux charges afférentes à l’enseignement catholique au Mali.
Le gouvernement s’engageait cependant à prendre en charge certaines dépenses, et aussi, à s’employer à aider la CEM à payer des arriérés de salaires qui étaient en suspens.
Voici le contenu du protocole d’accord : « Le Gouvernement de la République du Mali et la Conférence Episcopale du Mali, ci-après dénommés collectivement « les Parties » et individuellement « la Partie » ; Estimant que tout citoyen a droit à l’instruction ; Que l’enseignement public est obligatoire et laïc ; Attendu que l’enseignement privé est reconnu et s’exerce dans les conditions définies par la loi; Considérant que l’enseignement peut être dispensé dans les établissements publics et privés ; Considérant que l’atteinte de l’objectif « Education Pour Tous» nécessite la conjugaison des efforts multiformes ; Estimant qu’un établissement privé d’enseignement est une entité de droit privé participant à la mission de service public d’éducation ; Après échanges sur la subvention accordée par l’Etat à l’Enseignement catholique ; SONT CONVENUS DE QUI SUIT : Article 1er : Il est mis fin, à compter du 30 juin 2025, à la subvention financière accordée par l’Etat à la Conférence Episcopale du Mali -dans : le domaine de l’Enseignement ; Article 2 : Les Parties s’engagent à coordonner -les actions et à tout mettre en œuvre pour la poursuite des activités pédagogiques au bénéfice des élèves. Article 3 : Pour l’année scolaire 2024-2025, le Gouvernement mettra à la disposition de la Conférence épiscopale une subvention financière d’un montant de Deux milliards huit cent soixante-sept millions (2 867 000 000) FCFA afin de prendre en charge le salaire des enseignants de l’Enseignement catholique. Article 4 : Le Gouvernement s’engage à apurer, en partie, les arriérés de subvention convenus avec la Conférence épiscopale du Mali à hauteur d’Un milliard cinq cent millions (1 500 000 000) FCFA. Article 5 : Le Gouvernement du Mali s’engage à renoncer à la dette fiscale de l’Enseignement catholique à hauteur de Quatre Cent quatre-vingt-quatorze millions cent soixante-quatorze milles (494 174 000 ) FCFA. Article 6 : La Conférence épiscopale s’engage à trouver les voies et moyens pour poursuivre les activités pédagogiques par l’Enseignement catholique afin d’éviter des fermetures d’écoles suite à l’arrêt des subventions. Article 7 Toutefois, si quelques fermetures s’avèrent nécessaires pour des questions d’équilibre, la Conférence épiscopale devra communiquer au Ministère de l’Education nationale, au plus tard le 31 janvier 2025, la liste des écoles susceptibles d’être fermées pour que celui-ci s’ajuste en rapport avec les Collectivités territoriales, pour trouver les solutions avant l’année scolaire 2025-2026. Article 8 : En fonction de l’importance des enjeux de fermeture, des discussions pourront s’engager entre le Gouvernement de la République du Mali et la Conférence épiscopale du Mali pour trouver de meilleures solutions, dans l’intérêt des enfants, sans préjudice de la décision d’arrêt des subventions. Le Gouvernement prend en charge, à hauteur de cinquante pour cent (500/0), les éventuelles indemnités de licenciement du personnel enseignant résultant de la décision d’arrêt des subventions… ».
Il est évident aujourd’hui que quand les enseignants de l’enseignement catholique montent au créneau pour réclamer leurs arriérés de salaire et autres primes, c’est que le gouvernement n’a pu respecter tous ses engagements.
Rappelons qu’un Conseil de Cabinet restreint sur la situation des écoles catholiques du Mali a réuni, en août 2024, autour de l’ancien Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga, le ministre d’Etat, ministre en charge de l’Administration territoriale, et ses collègues en charge de l’Education nationale; de l’Enseignement supérieur et des Finances. L’objectif était d’examiner de près la situation des écoles catholiques reconnues d’utilité publique depuis 1960 et dont l’Etat a décidé de suspendre, dès janvier 2025, prorogé à juin 2025, la subvention qu’il accordait à hauteur de 80 % des salaires des enseignants, sur la base d’une convention avec l’Eglise catholique, signée depuis 1972 et révisée en 1978. Il s’agissait surtout de trouver les solutions idoines pour résorber la crise de ces écoles qui avaient décidé d’arrêter leurs activités pédagogiques à partir de la rentrée scolaire 2024-2025, ce qui risquait de mettre au chômage des enseignants et de bouleverser le parcours scolaire des élèves. Il faut aussi rappeler que la décision du Gouvernement fait suite aux réflexions engagées pour respecter les principes de l’égalité des citoyens et de la laïcité consacrés par la Constitution. Cela, parce que les autres écoles, à savoir les écoles privées, ne sont pas subventionnées par l’Etat.
Si l’ancien Premier ministre avait fait savoir que l’avenir des enfants prime sur tout, il avait aussi laissé entendre que le contexte de crise, où le Mali était en guerre et où les ressources de l’Etat s’amenuisent, il était nécessaire de savoir où vont les subventions.
Une situation du reste marquée par l’absence de financement de la part des bailleurs et la croissance exponentielle des établissements scolaires de tous genres. Autre argument développé à l’époque par l’ancien Premier ministre était que la nouvelle Constitution exigeait une application stricte de la laïcité, mettant ainsi en lumière des difficultés de subventionner certaines écoles au détriment d’autres. En tant que parents d’élèves, les membres du Conseil de Cabinet restreint avaient tous considéré qu’il s’agit d’une question très sensible à examiner avec discernement et avaient promis de prendre la question à bras-lecorps en passant en revue et en trouvant les solutions idoines sous formes de recommandations à soumettre au Président de la Transition.
Apparemment, après le départ de Choguel de la Primature, les fruits n’ont pu être à hauteur des promesses, car déjà en février dernier, les enseignants des écoles catholiques, confrontés à une crise financière sans précédent, avaient décidé des arrêts de travail à Bamako comme à l’intérieur du pays pour non-paiement des salaires ou pour lenteur dans le paiement des allocations. Alors question : le gouvernement est-il insensible à ce point à la misère des enseignants et du sort des écoles catholiques au Mali ? ■
MAÏMOUNA DOUMBIA