AN IV DE LA DISPARITION DU GÉNÉRAL ATT : CE QUE NOUS SAVONS DE L’HOMME

Parler de feu Président Amadou Toumani Touré n’est pas chose aisée, tant l’homme a marqué son temps et les esprits au Mali, pour avoir été ce président véritablement trempé dans les valeurs sociales fortes qui sont celles du Mali, des valeurs certes en tourment aujourd’hui, mais qui sauraient sans doute résister à nos petits calculs de personne du moment, si tant est que «les hommes passent, le Mali reste» !
Nous allons donc nous contenter de sa biographie et d’un édito de son ami, feu Chouaidou Traoré, qu’il a nommé Consul du Mali à Djeddah, en Arabie Saoudite, de 2003 à 2010. Un édito qui retrace en lui même qui fut véritablement le Président ATT ! Monsieur Amadou Toumani Touré est né le 4 novembre 1948 à Mopti, dans l’ancien Soudan français, où il fréquente l’École fondamentale. Entre 1966 et 1969, il est inscrit à l’École Normale Secondaire de Badalabougou à Bamako pour devenir instituteur. Finalement, il intègre l’Armée en entrant à l’École Interarmes de Kati. Au sein du 33ème Régiment des Commandos Parachutistes, il grimpe rapidement les échelons. Après plusieurs stages en URSS et en France, il devient Commandant du 33ème Régiment des Commandos Parachutistes en 1984. En mars 1991, après les manifestations populaires réprimées dans le sang, il participe au coup d’État contre Moussa Traoré, prend la présidence du Comité de Transition pour le Salut du Peuple et assure les fonctions de Chef de l’État pendant la Transition démocratique. Le 1er septembre 2001, il demande et obtient sa mise en retraite anticipée de l’Armée. Il décide de se lancer dans la vie politique en posant sa candidature pour l’élection présidentielle de 2002.
Il est élu Président de la République le 12 mai 2002 avec 64,35 % des voix au second tour face à feu Soumaïla Cissé, ancien ministre. Sa présidence est assez atypique, il n’appartient à aucun parti politique et son Gouvernement regroupe tous les partis du pays.
Lors de son élection en 2002, il nomme Ahmed Mohamed Ag Hamani comme Premier ministre. Celui-ci démissionne le 28 avril 2004 et il est remplacé par Ousmane Issoufi Maïga. Amadou Toumani Touré a été réélu Président de la République le 29 avril 2007 dès le premier tour. Il a obtenu 71,20 % des votes, tandis que son principal concurrent, Ibrahim Boubacar Keïta, qui n’a recueilli que 19,15 % des voix. Dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, un peu plus de deux mois avant la fin de son mandat, il est renversé par un coup d’État. Les mutins du Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’État (CNRDRE), dirigé par le capitaine Amadou Sanogo, dénoncent la gestion du conflit au nord Mali entre l’Armée et la rébellion touareg dans le cadre de la guerre du Mali. Il part en exil au Sénégal avec sa famille proche sous les auspices de l’État sénégalais et se maintient à l’écart de la vie politique du Mali. Le 27 décembre 2013, le Gouvernement malien saisit l’Assemblée nationale, où siège la Haute Cour de justice, pour juger l’ancien Président Amadou Toumani Touré. En décembre 2016, l’Assemblée rejette finalement à une écrasante majorité l’ouverture de poursuites contre lui. Avec l’accord de feu Président IBK, il rentre à Bamako avec sa famille, le 15 décembre 2019 avant de tirer sa révérence, le 10 novembre 2020 à Istanbul, en Turquie, où il était pour des soins médicaux.
Le 17 novembre 2020, la Nation malienne lui a rendu un dernier hommage digne de son rang avant de l’accompagner à sa dernière demeure au cimetière de Hamdallaye. Mais une tache noire est passée inaperçue, lorsque le Président IBK, à la suite des putschistes de 2012, allait donner son quitus pour que le Gouvernement saisisse l’Assemblée nationale, où siège la Haute Cour de justice, aux fins de juger l’ancien Président Amadou Toumani Touré pour «Haute trahison» !
Puisque c’est dans les moments difficiles que les vrais amis se manifestent, Chef Chouaidou s’était vu dans l’obligation de prendre la plume via un édito intitulé : «ATT devant la Haute Cour de Justice : pourquoi pas ?», le 10 janvier 2014. Relisons plutôt pour comprendre. Édito – ATT devant la Haute Cour de Justice : pourquoi pas ? «Nous avons appris la décision du Gouvernement de traduire le Président Amadou Toumani Touré devant la Haute Cour de Justice pour “trahison”. Avec aise. Et nous nous sommes dit : “pourquoi pas ?” Nous sommes de véritables compagnons du Président ATT, depuis qu’il n’était qu’un simple bidasse. Nous avons partagé son bonheur et nous partageons ses peines. Et nous connaissons l’état d’âme du soldat. Nous connaissons l’amour qu’il porte au Mali. Nous l’avons vu se battre pour construire ce pays et nous savons ce qu’il a donné de luimême pour sauver le Mali du péril jihadiste. Si aujourd’hui il doit passer devant un tribunal, celui de l’histoire, pour révéler aux autres Maliens la part qu’il a donnée de son être pour que le Mali reste débout, alors : “pourquoi pas?” Lorsque nous entendons certains crier au scandale parce que le Président Ibrahim Boubacar Kéïta a décidé de poursuivre une idée déjà émise par les putschistes du 22 mars 2012 qui ont renversé ATT, l’idée de traduire celuici devant la Haute Cour de Justice pour trahison, nous disons : “pourquoi pas?” Le soldat, nous le connaissons.
Nous l’avons assez pratiqué pour affirmer qu’il est celui qui sera le premier à dire : “Convoquez rapidement la Haute Cour de Justice et j’irai de moi-même sur le banc des accusés”. Et, croyez-nous, il n’impliquera personne d’autre pour complicité, il ne fuira point ses responsabilités pour charger quelqu’un d’autre.
Contrairement à ceux-là qui veulent faire leurs affaires au nom d’ATT, leurs petites affaires sordides, en affirmant par-ci et par-là “que le procès d’ATT est inopportun” et que ceci et que cela, le soldat Amadou Toumani Touré est un homme d’honneur. Et l’honneur n’est nullement lié aux aléas du temps, ni aux circonstances politiques. Autant il est du plein droit du Président Ibrahim Boubacar Kéïta d’agencer ses actions comme cela lui convient, autant il est de la responsabilité du Président Amadou Toumani Touré de défendre son honneur à n’importe quel moment. Alors, ne faisons pas de cette petite affaire une tragédie mal inspirée, où le victorieux s’emploie à humilier le vaincu. Ceci n’est pas le cas. Autant IBK n’a aucune revanche à prendre, en humiliant ATT, autant celui-ci n’est pas chargé d’une accusation qu’il n’a pas déjà entendue alors même qu’il était le locataire de Koulouba. Trahison? Les épouses des soldats de Kati reçues à Koulouba par ATT ont déjà affirmé cette infamie. Et l’accusé s’est publiquement défendu. C’était avant le 22 mars 2012. Avoir laissé des troupes armées traverser nos frontières? A l’accusation, l’accusé avait déjà répondu qu’il a surtout laissé des compatriotes, venant d’exil de la Libye, regagner le bercail. Et il avait reçu leurs représentants à Koulouba où il fut convenu de leur désarmement. Avoir volontairement désorganisé l’armée, face aux rebelles ? Déjà en 1991, ATT était un Colonel des forces armées, sorti de la prestigieuse école de guerre de Paris.
Son grade, à l’époque, correspondait à son savoir militaire. Le savoir de l’art de la guerre. Ceux-là qui affirment qu’il a désorganisé l’armée, 20 ans après qu’il ait acquis son parchemin de l’école de guerre, sont-ils experts en question militaire ?
L’état-major de guerre du Mali en janvier-février-mars 2012 n’était-il pas composé de généraux, de colonels tous autant sortis de prestigieuses écoles militaires soviétiques, russes, américaines, françaises et allemandes ? Qui parmi ces hauts gradés, bardés de diplômes, a jamais démissionné parce que son point de vue sur la stratégie ou la tactique sur le terrain a été rejeté ? Pourtant mon ancêtre Touramakan Traoré, qui n’a jamais lu un feuillet de l’Art de la Guerre de Sun Tzu, s’est “révolté” contre Soundjata Kéïta et est allé se coucher dans une tombe, attendant sa mort prochaine, parce que l’Empereur refusait de lui confier le commandement des troupes pour aller punir un roitelet prétentieux qui se faisait appeler “djòlofin massa”…. Alors qui est le traître à la Nation ? Vivement la convocation de la Haute Cour de Justice et nous serons tous édifiés. L’accusé ATT dira sa part de vérité. Comme le président Moussa Traoré l’a fait, lors de son grand procès “crimes de sang”. ATT ne sera donc nullement le premier à rendre compte de son action politique. L’avènement du 26 mars 1991 (dont le même ATT fut l’un des héros) répondait à cette volonté de ceux qui se sont battus pour. Oui, ATT devant la Haute Cour de Justice pour trahison : “pourquoi pas ?”». Que dire de plus sur les qualités (probité morale, humilité, intégrité, honnêteté…) du Président ATT qui ne ressort pas dans cet édito ?
Sauf peut-être que votre serviteur sait que le Général fut un Président qui a toujours eu de l’estime et du respect pour les journalistes. Jamais un garde du corps ne pouvait prendre le risque de se mettre entre ATT et les journalistes, quelles que soient les circonstances… Garde-à-vous mon Général, reposez en paix ! ■
MAÏMOUNA DOUMBIA