TOUS DEUX EN PRISON POUR LES MÊME MOTIFS : SEYDOU OUMAR TRAORÉ, PLUS CHANCEUX QUE ISSA KAOU DJIM ?

 TOUS DEUX EN PRISON POUR LES MÊME MOTIFS : SEYDOU OUMAR TRAORÉ, PLUS CHANCEUX QUE ISSA KAOU DJIM ?

  Le journaliste Seydou Oumar Traoré a été interpellé, le dimanche 25 mai, quelques heures après son retour d’une mission à Kidal aux côtés d’une délégation officielle conduite par le ministre de la Défense. Poursuivi pour « offense commise publiquement envers un chef d’État étranger », une infraction prévue à l’article 147 du Code pénal malien, il a été placé sous mandat de dépôt, le 26 mai 2025.

A l’issue de son procès qui a eu lieu lundi, il a été condamné à douze (12) mois de prison, dont six (6) mois fermes, assortis d’une amende d’un million de FCFA. Il s’en tire à bon compte, contrairement à Issa Kaou N’Djim, condamné à deux ans de prison dont un ferme, pour pratiquement la même infraction ! Les faits reprochés à Seydou Oumar Traoré remontent à une intervention dans laquelle il accuse la Guinée de servir de base arrière à des groupes armés hostiles au Mali, mettant en cause des responsables militaires guinéens, dont le Général Mamady Doumbouya, Président de la Transition en Guinée. Quand l’affaire a pris une nouvelle tournure, il avait fait une déclaration publique pour présenter ses excuses, indiquant que ses propos avaient été « mal compris » et « sortis de leur contexte ». Il faut rappeler que l’infraction « offense envers un chef d’État étranger » est prévue par le Code pénal malien qui, sans son article 147, dispose que : « Quiconque, par l’un des moyens énoncés à l’article 46, aura offensé le Chef de l’État ou un chef d’État étranger, sera puni d’un emprisonnement de trois mois à un an et d’une amende de 50 000 à 600 000 francs CFA ».

C’est sur cette base que le parquet a requis son placement sous mandat de dépôt, et confié son sort au Tribunal de lutte contre la cybercriminalité, compétent en matière de contenus diffusés par voie numérique.

Il prend donc douze (12) mois de prison, dont six (6) mois ferme, assortis d’une amende d’un million de FCFA. Plus chanceux donc que Issa Kaou N’Djim, condamné à deux ans de prison dont un ferme, pour pratiquement la même infraction ! En effet, l’ancien vice-président du Conseil National de Transition (CNT) tombé en disgrâce, Issa Kaou Djim, est en prison pour pratiquement les mêmes faits. Il a été condamné, le 29 décembre 2024, à deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme pour « offense publique envers un chef d’État étranger » et d’« injures par le biais de systèmes d’information ». Une condamnation qui fait suite à ses propos tenus lors d’une émission diffusée sur la chaîne de télévision privée Joliba TV, au cours de laquelle il avait évoqué un prétendu « scénario de déstabilisation » concernant la situation politique au Burkina Faso. Ces déclarations, jugées offensantes, ont suscité une vive controverse et entraîné son interpellation le 13 novembre, suivie d’un placement sous mandat de dépôt, puis de sa condamnation en décembre 2024.

Figure controversée du paysage politique malien, Issa Kaou Djim a souvent suscité des polémiques avec ses prises de position tranchées et ses critiques publiques.

Son procès avait ravivé les débats sur la liberté d’expression et la responsabilité des acteurs publics dans leurs déclarations. « Notre client a exprimé une opinion politique, et non une attaque personnelle. Cette décision représente un recul inquiétant pour la liberté d’expression au Mali », avaient déclaré ses avocats. La mise sous mandat de dépôt de Seydou Oumar Traoré et sa condamnation, lundi, interviennent alors que la Guinée et le Mali entretiennent des relations sensibles dans un contexte de transitions politiques simultanées. Le 24 mai, des associations coutumières guinéennes basées au Mali avaient rencontré les autorités diplomatiques guinéennes afin de désamorcer la tension née des propos du journaliste. À l’issue de cette rencontre, un apaisement semblait acquis. Rappelons enfin que ce n’est pas la première fois que M. Traoré fait l’objet de poursuites.

En 2020, il avait déjà été brièvement détenu dans le cadre d’une plainte pour diffamation, liée à ses critiques sur le fonctionnement de l’appareil judiciaire malien. ■

 MAÏMOUNA DOUMBIA

Sarah TRAORE

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